Meutres, viols, tortures : l’armée kenyane accusée de crimes de guerre au Mont Elgon

L’Organisation non gouvernementale Human Rights Watch a accusé la SLDF – Force de défense des terres des Sabaot (du nom d’un groupe ethnique)- et l’armée kenyane d’abus terrifiants, dont le meurtre, le viol et la torture de civils. Des exactions commises dans le cadre d’un conflit armé peu connu qui se déroule dans la région du Mont Elgon, dans l’ouest du Kenya.

Human Rights Watch affirme dans un communiqué conjoint avec deux autres organisations kényanes de défense des droits de l’homme – Mwatikho et Western Kenya-Human Rights Watch (WKHRW) – que l’armée kenyane et le groupe rebelle ont torturé et tué plusieurs civils.

La Force de défense des terres des Sabaot (SDLF) est un groupe armé formé en 2005 pour résister contre les tentatives du gouvernement de chasser les occupants de la localité de Chebyuk, dans le district du Mont Elgon.

Les preuves recueillies par Watch, Mwatikho et WKHRW montrent que depuis 2006, la milice Sabaot a tué plus de 600 personnes et terrorisé la population locale par des menaces et des agressions physiques, et par la saisie et la destruction de leurs biens.

L’armée kenyane a été déployée en mars 2008 pour réprimer cette insurrection. Les habitants s’étaient réjouis au départ des tentatives de répression de la rébellion mais plusieurs témoins ont raconté aux organisations de défense des droits de l’homme que l’armée avait mis en place une stratégie visant à rafler tous les hommes adultes du district.

« D’autres investigations sont nécessaires pour établir le nombre précis mais d’après les estimations préliminaires des organisations de défense des droits humains, l’armée a placé en détention des milliers de civils, en a torturé des centaines et tué ignoblement des dizaines » dénonce HRW dans un communiqué. Des milliers de personnes auraient été déplacées par la violence, bien qu’aucun chiffre officiel ne soit disponible.

Des témoignages accablants

« Les habitants du Mont Elgon sont doublement victimes, dans un premier temps des SLDF et maintenant de l’armée » a déploré Georgette Gagnon, responsable de Human Rights Watch pour l’Afrique. « Les SLDF ont commis des crimes odieux et les habitants ont d’abord accueilli avec soulagement l’armée, mais aujourd’hui les soldats kenyans abusent de ceux qu’ils sont censés protéger ».

Lors d’investigations récentes menées à Mont Elgon, HRW a recueilli des témoignages sur des meurtres, tortures et viols délibérés de civils par des membres de la force Sabaot et par l’armée kényane, ainsi que des détentions massives par les forces militaires kényanes.

L’organisation de défense des droits de l’homme a interviewé plus de 100 victimes et témoins mais aussi des membres des forces de police et de l’armée, des officiels du gouvernement des journalistes et des travailleurs humanitaires. Les femmes ont décrit comment les membres de la SLDF ont fait irruption dans leur maison, enlevés leur mari sous le menace d’une arme, leur disant « tu ne verras plus jamais ton mari ».

Dans le rapport, HRW affirme que la plupart de ceux dont les maris ont été enlevés, ne les ont pas revus. Une femme a appris le sort subi par son mari quand un homme qu’elle sait membre de la SLDF lui a remis une pile composée des vêtements que son mari portait au moment de son enlèvement et lui a dit simplement, « désolé », rapporte vendredi l’organisation de défense des droits de l’homme basée à New York.