Meryem Benm’Barek : « Jennah est un reflet de mon adolescence »

A gauche, Emilia Derou-Bernal dans le rôle de la mère (DR/Photos tournage)

Une Franco-Marocaine, Meryem Benm’Barek, a reçu le Grand prix du meilleur court-métrage au festival de Rhode Island aux Etats-Unis pour son film Jennah qui concourt désormais aux Oscars de 2015.

Jennah, c’est l’histoire d’une adolescente aux yeux bleus pétant qui rêve d’une présence paternelle. Cette absence sème le trouble entre la mère et la jeune fille qui ne parvient pas à se défaire de ses fantasmes. Une ambiance austère s’est installée dans leur modeste appartement. A priori, une histoire banale, comme il en existerait partout. Et pourtant, ce film est passé du noir à la lumière lors du festival de Rhode island, aux Etats-Unis. La réalisatrice, la Franco-Marocaine Meryem Benm’Barek, a reçu, début août, le Grand prix du meilleur court-métrage. Cette production, réalisée dans le cadre de son projet de fin d’études à l’Institut national supérieur des arts du spectacle (INSAS), a séduit le jury. Une distinction qui permet à Jennah de concourir aux Oscars de 2015.

Trailer Jennah from meryem benmbarek on Vimeo.

Pour tenter de comprendre la recette d’une telle réussite, Meryem Benm’Barek a ouvert les portes de l’univers Jennah à Afrik.com, en acceptant de répondre à trois questions :

Afrik.com : L’histoire de Jennah est du « déjà vu ». Et pourtant, votre film a reçu le Grand prix, dans la catégorie court-métrage, du Festival de Rhode Island. Selon vous, qu’est-ce qui a plu au jury ?

Meryem Benm’Barek : Je dirais que les histoires se répètent à travers les siècles, quelque soit la forme d’expression utilisée. Ce qui diffère c’est plutôt la manière dont on les raconte, quels points de vue et mise en forme on choisit. En ce sens, je crois qu’il y a autant de choix de formes et de points de vue que de sensibilités différentes et autant de sensibilités que de personnes différentes. Donc peut être simplement que je jury a été touché par ma sensibilité. Jennah est un film très sensitif dans la forme choisie. On aborde la complexité du monde uniquement à travers le regard de cette jeune adolescente. Jennah est dans cette période de basculement par laquelle on est tous passé, c’est encore une enfant dans un corps de femme.

Tiziana Stordeur dans le rôle de

Afrik.com : Jennah signifie paradis en français. Paradoxalement, cette jeune fille solitaire est loin de vivre un paradis…

Meryem Benm’Barek : Jennah vit en fait dans la recherche de la figure paternelle. Son père lui manque et elle aspire à un équilibre qu’elle n’arrive pas à atteindre. Dans sa solitude, elle s’est construite un vrai monde intérieur dans lequel elle se réfugie. Un monde intérieur où elle peut fantasmer une vie parfaite, un paradis terrestre, où elle reconstruit un équilibre qui lui est nécessaire ou alors un paradis spirituel ou elle peut se réfugier avec son père.

A gauche, Emilia Derou-Bernal dans le rôle de la mère (DR/Photos tournage)

Afrik.com : Jennah n’a plus de père. Quant à vous, vous avez dédié ce film au vôtre. Jennah et Meryem se ressemblent-elles ?

Meryem Benm’Barek : Bien sûr Jennah est un reflet de mon adolescence, c’est certain. Lorsqu’on écrit une histoire quelle qu’elle soit on met de nous dans tous les personnages, nos traits de caractère, notre sensibilité et notre expérience. On part de nous-même pour exprimer aux autres une réalité qui nous émeut ou nous bouleverse. Donc oui Jennah et moi nous nous ressemblons évidemment, mais de la même manière qu’il y a de moi dans le personnage de la mère ou dans celui des compagnons des deux personnages féminins.

Meryem Benm’Barek travaille actuellement sur l’écriture de son premier long métrage, en collaboration avec un co-scénariste et écrivain, Abdel Hafed Benotman.