Melilla : terrain de querelles entre Rabat et Madrid

L’enclave espagnole de Melilla suscite de nouvelles tensions entre Rabat et Madrid. Des associations marocaines ont pris le relais du gouvernement pour dénoncer de supposées dérives violentes et racistes de la police espagnole au poste frontière. Depuis le 12 août, des militants bloquent le passage de certains produits.

« Dérives racistes » pour Rabat, « petits problèmes » d’après Madrid. Gouvernement et associations marocaines dénoncent le traitement des migrants lors des contrôles au poste frontière de Melilla, enclave espagnole, dans le nord du Maroc. Depuis le 12 août, les organisations du pays dressent des barrages et bloquent l’entrée de certains produits. Ce mercredi, les véhicules transportant des produits frais n’ont pas franchi la frontière. En début de semaine, les habitants de Melilla étaient privés de ciment et de briques.

Les blocages, initialement prévus jusqu’à dimanche, cesseront ce mercredi soir, en raison du ramadan. Après quatre heures de discussions entre les militants et les commerçants, ceux-ci ont obtenu une trêve. Les militants laisseront passer les produits jusqu’à la fin du ramadan « car c’est un mois sacré pour nous les musulmans, c’est le moment où nous consommons le plus de légumes, le plus de poissons », a déclaré à la radio nationale espagnole Cadena Ser Yusef Kadur, président d’une association de commerçants à Melilla.

Tensions diplomatiques

Ce délai laissera peut-être à Rabat et Madrid le temps de régler leur différend diplomatique. L’éternelle tension concernant le statut de l’enclave a été ranimée début août par un télégramme diplomatique du Maroc. Selon Rabat, la police espagnole userait de « violence physique » à l’égard des migrants marocains et subsahariens lors des contrôles à la frontière. Lundi 2 août, un étudiant marocain aurait été frappé et blessé par la police frontalière. Une bavure de trop après l’humiliation de cinq jeunes Marocains revenant de Belgique mi-juillet, qui auraient reçu des coups et auraient été forcés de retirer de leur voiture le drapeau national.

Des associations marocaines prennent alors le relais en placardant à la frontière des photomontages représentant des policiers aux mains tachées de sang et en organisant un blocus sélectif des approvisionnements, sous le regard bienveillant de la police marocaine. Le gouvernement espagnol s’est d’abord dit surpris par les accusations de Rabat. Si les bavures des forces de l’ordre sont régulièrement épinglées par les associations humanitaires, elles mettent habituellement dans le même sac polices espagnole et marocaine. Depuis, Madrid multiplie les tentatives d’apaisement. Le chef du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, a assuré aux autorités marocaines qu’il les «informerait» et qu’il leur «expliquerait» les règles observées par les agents à la frontière. Le ministre espagnol de l’Intérieur, qui rencontrera son homologue marocain le 23 août à Rabat est confiant : « la normalité » dans les relations avec le Maroc sera rétablie « le plus rapidement possible ».