MediaDiv : enfin un répertoire des médias des diversités !

Reynald Blion

Le programme Mediam’Rad de l’Institut Panos publie MediaDiv, un répertoire complet des médias des diversités en France. Un ouvrage qui fait office de première dans le genre. Une publication qui permettra au grand public de découvrir des journaux, des radios, des télévisions ou des sites internet dont bien souvent il ignorait l’existence. Il offre surtout la possibilité aux professionnels des médias de se mettre en relation plus facilement.

Reynald Blion86 titres de presse, 80 radios, 13 chaînes de télévision, 66 sites Internet et 2 agences de presse. Voilà ce que propose l’Institut Panos avec MediaDiv, le premier répertoire des médias des diversités publié par l’Institut Panos. Une publication, aux éditions L’Harmattan, qui permet aux particuliers comme aux professionnels de découvrir ces espaces d’expression. Afin de nous présenter cet ouvrage et de mettre en avant les enjeux liés aux médias des diversités, Afrik.com a interrogé Reynald Blion, Directeur du programme MME migrations internationales et medias à l’Institut Panos.

Afrik.com : Comment est née l’idée de réaliser MediaDiv ?

Reynald Blion :
Cela part d’un constat. En France, les médias de la diversité existent et diffusent de l’information. Il n’y avait pas de lieu où ils étaient tous recensés. Il y a cinq ans, on a commencé à réfléchir à les regrouper dans un même espace et montrer que ce n’est pas une presse anecdotique mais diverse. C’est une voix plurielle qui compte.

Afrik.com : Quel est l’objectif de cet ouvrage ?

Reynald Blion :
Faire connaître les médias de la diversité et leur donner une visibilité. C’est aussi donner la possibilité aux professionnels d’identifier ces médias. La plupart des ONG et des décideurs politiques connaissent peu, ou pas, ou mal ces médias. Et le grand public également. Le répertoire permet d’identifier des personnes ou des lieux qui ne sont pas forcément en relation.

Afrik.com : Quels sont aujourd’hui les médias de la diversité les plus forts ?

Reynald Blion :
C’est une question assez difficile parce que cela dépend de l’impact et du tirage. Pour la radio, je dirai Radio Orient, Africa n° 1 et Beur FM. En presse écrite, Amina, Cité Black, le quotidien arménien Araj, l’hebdomadaire Tin Tuc destiné à la communauté vietnamienne et Europe Journal, un quotidien en chinois. A la télévision, il y en a peu, car c’est le média qui demande le plus de moyens, c’est le plus coûteux. En tant que média de la diversité, je dirais Trace TV pour l’aspect musical, Berbere TV et Beur TV qui sont constantes.

Afrik.com : Quelles sont les différences entre les médias grand public et les médias de la diversité ?

Reynald Blion :
Je parlerai plus de complémentarité que de différences… Les médias de la diversité, du fait notamment de leurs équipes, ont des modes de traitement de l’information qui vont compléter les médias grands publics. Nous avons réalisé une étude, intitulée « Media et information – pratiques et réalités de la diversité ». C’est une étude comparative sur la diversité du contenu des informations produites et diffusées par les média grands publics, de la diversité et des ONG. Les médias de la diversité sont des médias fragiles, surtout en presse écrite. Il y a des problèmes d’accès aux moyens et à la publicité. En radio, la difficulté est liée à la mesure d’audience, car Médiamétrie en dessous d’1% ne mesure pas l’audience. Donc il est très difficile pour ces radios de s’évaluer, d’autant que les mesures d’audience sont très onéreuses. En presse écrite, les mesures se font par l’OJD. Et c’est à peu près les mêmes difficultés qu’en radio. En dessous d’un certain tirage, l’OJD ne fait pas de mesures.

Afrik.com : Comment voyez-vous l’avenir des médias de la diversité ?

Reynald Blion :
Ils ont une place à jouer dans l’espace médiatique français, notamment au regard de la composition de la société française et du débat imposé sur la visibilité de la diversité. Actuellement, il y a bien ce que j’appelle le phénomène Harry Roselmack, mais il ne s’agit là que d’images. On ne se pose pas encore la question du contenu. Selon moi, la diversité apporte autre chose. Le média de la diversité donne la parole à des gens qu’on n’a pas l’habitude de voir ou d’entendre. Il y aussi un autre débat qu’il ne faut pas mettre de côté. Sur les médias publics, on a recours à des étrangers pour des questions liées à l’immigration, mais pour ce qui est des thématiques nationales ou autres, c’est rarement le cas. C’est ce que j’appelle « l’effet d’assignation à résidence ».

Afrik.com : Pensez-vous que le développement d’Internet est positif pour les médias de la diversité ?

Reynald Blion :
Du point de vue du média, Internet est le support le moins coûteux donc celui qui permet de produire un contenu régulier. Mais il y a un risque de morcellisation en terme de public. Ce n’est pas la volonté des médias mais c’est un risque dont il faut avoir conscience. Ensuite, sur la question de la fracture numérique, on parle souvent des pays pauvres qui n’ont pas accès à l’information. En Europe aussi, même si l’utilisation d’Internet est en train de se généraliser, malgré tout, il y a des gens qui sont exclus, dont les groupes les plus minorisés. Le véritable enjeu, reste l’accès aux ressources pour les médias de la diversité.

 Le site de l’institut Panos Paris