Mebazaa promet la rupture, les Tunisiens réclament des garanties

Le président Tunisien par intérim, Foued Mebazaa, s’engage à honorer les promesses de rupture avec le passé, notamment la séparation totale du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD, ancien parti au pouvoir). Mais les Tunisiens demandent à voir.

Le président par intérim, Foued Mebazaa, s’est adressé mercredi à la nation. Il a félicité les forces de la nation pour leur prouesse, et annoncé que les bandes qui ont comploté contre la sécurité du pays, ont été démasqués et arrêtés, et qu’il communiquera tous les détails après les enquêtes en cours. Il constate que la situation sécuritaire se stabilise et va s’améliorant.

Il a réitéré son engagement à satisfaire aux revendications et à réaliser les promesses faites au Tunisiens, notamment la séparation totale du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (ancien parti au pouvoir) de l’appareil de l’Etat. Une amnistie générale est aussi prévue dans les plus brefs délais.

Voilà qui rompt avec le ton du ministre de l’Intérieur, Ahmed Friaa, qui grondait les comités de quartiers, des jeunes qui se rassemblaient chaque soir, pourtant, à l’appel du Premier ministre Mohemd Ghannouchi pour protéger leurs quartiers.

Mais cette allocution optimiste suivie par une exhibition au journal télévisé de photos de bijoux et de cartes bancaires d’anciens membres de la famille Ben Ali, élude des questions de fond qui font polémique.

Un gouvernement décrié

Décrié par une partie de la population, ce gouvernement a bien du mal à commencer les reformes et chantiers annoncés. La nomination des membres RCD à des postes clés a choqué les partisans de la rupture, notamment la présence d’une ministre qui avait appelé Ben Ali à briguer un sixième mandat.

De plus, les démissions des ministres issus de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) sème le doute quant aux intentions réelles et aux ambitions des uns et des autres.

Et la mise à l’écart des autres sensibilités de l’opposition, comme les islamistes d’Ennahda et le Parti communiste des ouvriers de Tunisie (POCT), aggrave cette crise de confiance.

Pour les ministres en poste et ceux qui se satisfont du retour au calme, et veulent donner sa chance à l’équipe actuelle, la transition ne doit pas se faire dans le vide politique. On craint une mainmise militaire ou l’anarchie totale. Ainsi, on insiste sur le fait que les ministres anciennement RCD sont intègres, que ceux qui viennent de démissionner, ne l’ont pas véritablement fait, puisqu’ils se sont retirés avant même la présentation de serment ce matin. Cette désolidarisation soudaine résulterait entre autres de désaccords internes à l’UGTT quant aux noms proposés pour participer au gouvernement, des noms qui ne feraient pas l’unanimité. D’ailleurs, depuis ce matin, circule sur le net un article datant de juillet 2009, selon lequel Abdelslam Jrad, secrétaire général de l’UGTT, affirme au quotidien Ashourouq son appui et celui de l’UGTT à la candidature de Ben Ali pour un cinquième mandat.

De plus, on nous rappelle que les personnalités chargées des commissions d’enquête (sur la corruption, la répression policière durant les dernières manifestations, révision la Constitution) sont reconnues pour leur indépendance et leur honnêteté, et les ministres appartenant à l’opposition ont un long passé de brave contestation et de confrontation avec le pouvoir de Ben Ali alors que la majorité n’osait même pas le contredire.

Réorganiser les médias Tunisiens

Mais même si le temps doit être laissé à ce gouvernement qui n’a pas vocation à rester, des garanties devront être données aux Tunisiens, notamment : Que les commissions d’enquête s’étendent à tous les protagonistes du pouvoir passé, y compris Ghannouchi et Mebazaa, et que le peuple soit associé à leur travail ; que les arrestations annoncées de membres de la famille Ben Ali ou membres des milices armées soient prouvées par des images ou des procès populaires rapides; que le RCD soit démantelé sur le fond, parce qu’il sait changer de peau à chaque période présidentielle, et surtout parce que ses tentacules de délation et de surveillance sont ancrées dans les quartiers; que les instituions financières publient leur comptes, avec un contrôle étroit des commissions comptables indépendantes; que l’institution judiciaire soit purifiée, surtout que les magistrats sont amenés à juger des affaires en comparution immédiate.

Les médias, et notamment la télévision nationale, doivent eux aussi se libérer de leurs éditorialistes et se réorganiser de façon à réintégrer ceux qui étaient bannis pour ne pas avoir adopté la propagande. On y voit encore les mêmes têtes et on ressent les mêmes agissements frustrants. Les autorités sont de leur côté appelés à associer ces médias à tous les événements politiques et sociaux sans exception. Il est aussi nécessaire que la police et l’armée communiquent, notamment à travers la nomination d’un porte parole.

A signaler que les personnes arrêtées lors du couvre-feu des derniers jours seront jugées en comparution immédiate (des procès qu’Afrik.com suivra de près). Des familles restent encore sans nouvelles de leurs proches arrêtés. Les méthodes du ministère de l’Intérieur n’ont pas totalement rompu avec le passé.