Mauritanie : l’ultimatum de l’Europe a expiré… Et après ?

Après la fin de l’ultimatum de l’Union Européenne, jeudi dernier, la junte militaire au pouvoir en Mauritanie n’a toujours pas rétabli l’ordre constitutionnel. Elle n’a pas non plus réhabilité le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, destitué le 6 août dernier. L’Union Européenne a menacé de prendre des « mesures appropriées » contre la junte, comme par exemple des « sanctions individuelles » contre les putschistes. L’Union Africaine se joint à elle pour réfléchir. Mais les Mauritaniens doivent-ils attendre beaucoup de la communauté internationale ?

« Selon moi, il doit s’agir de sanctions individuelles, comme des interdictions de voyage ». Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a enfin expliqué vendredi ce que signifiaient les « mesures appropriées » qu’il envisageait contre la junte militaire au pouvoir en Mauritanie. Alors que l’ultimatum que l’Union Européenne (UE) avait imposé aux putschistes, le 20 octobre dernier, a pris fin jeudi, la junte n’a toujours pas libéré le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, déchu le 6 août. Ils n’ont pas non plus rétabli la légalité institutionnelle comme le souhaitaient les 27 et ont demandé la poursuite des discussions.

Quelques ministres de l’ancien gouvernement en déplacement à Paris, ont affirmé lors d’une conférence de presse au CAPE (Centre d’Accueil de la Presse Etrangère), hier, qu’ils partagent les vues de Bernard Kouchner. L’ancien ministre chargé des investissements, Sidi Mohamed Ould Emejar, a déclaré que « la première étape est de privilégier les sanctions individuelles contre le Général Aziz et ses hommes. Si cela ne marche pas, il faudra ensuite envisager des sanctions économiques pour resserrer l’étau autour de la junte et la forcer à quitter le pouvoir». Il a par ailleurs souhaité une action rapide de la communauté internationale pour ne pas laisser le temps à la junte de s’installer.

La communauté internationale réunie à Addis Abeba

Ce même vendredi l’Union Africaine (UA), l’UE, l’ONU, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) et la Ligue arabe se sont réunis pour discuter à Addis Abeba. L’union fait la force semble-t-il. L’UA qui avait déjà menacé de sanctions la junte le 22 septembre dernier avait reçu une fin de non recevoir de la part du nouveau gouvernement six jours plus tard à peine. Aucune mesure répressive n’avait alors vu le jour de la part de l’organisation continentale africaine.

Le président prêt à pardonner

Sidi Mohamed Ould Emejar a assuré vendredi que si les putschistes rendaient le pouvoir à leur prédécesseur « démocratiquement élu », le gouvernement légitime entamerait une phase de « dialogue, de réconciliation et de pardon ». Aucun risque de « somalisation » du pays donc, le président serait prêt à pardonner. Il pourrait même envisager son départ si c’était vraiment utile pour son pays, mais tout devra se faire de manière légale et constitutionnelle.

La junte, dont certains membres sont également en visite à Paris, ne semble pas inquiétée pour autant. Ses représentants ont estimé que l’UE avait une vision faussée et qu’ils n’avaient pas « établi la dictature ». Ils auraient au contraire libéré la Mauritanie d’un gouvernement corrompu. La junte a ajouté qu’elle ne souhaitait pas de rupture avec l’UE mais que si celle-ci l’y forçait, elle commercerait avec d’autres partenaires comme par exemple la Chine.

L’UE signe un accord de 86 millions d’euros avec la junte

Le scénario de crise est donc pour l’instant le plus probable. On peut pourtant se demander si l’UE souhaite vraiment imposer des sanctions à la Mauritanie. En plein ultimatum, elle n’a pas hésité longtemps à verser 86 millions en contrepartie annuelle des accords de pêche liant Nouakchott à Bruxelles. Selon Assane Soumaé, ancien ministre de la Pêche et de l’économie maritime, « c’est vraiment dommage mais le lobby espagnol a été très insistant ». L’Espagne est en effet le premier pays à exploiter les ressources halieutiques de la Mauritanie. « L’Espagne n’est pas contre les sanctions pourtant », a-t-il ajouté. Les jours à venir diront si l’UE est capable de parler d’une seule voix sur le dossier mauritanien.

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