
Après plusieurs mois de tensions avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), la Mauritanie relance le dialogue avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso. En quelques jours, le ministre mauritanien de la Défense, Hanana Ould Sidi, s’est rendu successivement à Bamako, Niamey et Ouagadougou, porteur de messages du président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Cette tournée traduit une volonté claire de rétablir des canaux de communication dans un Sahel en pleine recomposition.
Ce déplacement du ministre mauritanien de la Défense, Hanana Ould Siden dans les pays de l’AES s’inscrit dans un contexte régional marqué par la montée des tensions et l’affaiblissement des cadres de coopération traditionnels. Plutôt qu’annoncer un accord formel, Nouakchott mise sur une reprise du dialogue et la réactivation des échanges pour maintenir un minimum de coordination sécuritaire dans le Sahel.
Des relations sous tension avec le Mali
La première étape, à Bamako, était la plus sensible. Le 15 juin, Hanana Ould Sidi a été reçu à Koulouba par le général Assimi Goïta, dans un climat de méfiance persistant entre les deux pays.
La Mauritanie et le Mali partagent une frontière longue et poreuse, traversée par des éleveurs, des commerçants, mais aussi des groupes armés. Ces derniers mois, plusieurs incidents impliquant des ressortissants mauritaniens en territoire malien, ainsi que des accusations relayées par des soutiens du pouvoir à Bamako, ont ravivé les tensions.
Pour Nouakchott, l’objectif est d’éviter toute escalade. La Mauritanie, relativement épargnée par rapport à ses voisins du Sahel central, reste exposée aux conséquences de la crise malienne, notamment à travers les flux de réfugiés autour du camp de Mbera et la pression sécuritaire à sa frontière orientale.
Dialogue élargi avec le Niger et le Burkina Faso
À Niamey le 16 juin, puis à Ouagadougou le 17 juin, le message s’est élargi. Les autorités ont mis en avant le renforcement des relations bilatérales et la nécessité d’intensifier la concertation sur les enjeux régionaux.
Au Burkina Faso enfin, les discussions ont porté explicitement sur la sécurité, la souveraineté, l’intégration régionale et le développement. Des thèmes au cœur du discours politique de l’AES, mais qui recoupent aussi les priorités de la Mauritanie en matière de stabilité et de coopération sécuritaire au Sahel.
La Mauritanie face à la recomposition du Sahel
Nouakchott avance sur une ligne de crête. La Mauritanie n’a pas rejoint l’AES, créée après la rupture du Mali, du Niger et du Burkina Faso avec la CEDEAO et l’ancien G5 Sahel. En revanche, elle prend acte d’une réalité qui veut que l’AES est désormais un acteur central dans la sécurité au Sahel. Ignorer cette évolution reviendrait à s’isoler dans une région où les équilibres changent rapidement.
Cette reprise du dialogue intervient alors que les cadres régionaux traditionnels sont fragilisés. Le G5 Sahel a cessé de fonctionner, la CEDEAO peine à maintenir son influence sur les régimes militaires sahéliens, et les partenariats sécuritaires se redéploient, notamment avec la Russie, la Turquie ou certains pays du Maghreb.
Dans ce contexte, la Mauritanie cherche à préserver sa stabilité en multipliant les canaux de discussion. L’enjeu est de protéger ses frontières, contenir les effets de la crise sahélienne et éviter toute dégradation sécuritaire sur son territoire.




