Matrone : un métier sous-évalué au Mali

Au Mali, les matrones qui supervisent les grossesses se rendent dans les villages. Elles sont le relais entre les habitants et les centres communautaires de santé de la ville. Djenaba Tembely est l’une d’entre elles. Elle part faire sa tournée toutes les semaines, malgré la fatigue et le manque de moyens pour soigner les femmes et les enfants.

Dans le couloir du centre de santé communautaire de Bandiagara (CESCOM), au nord du Mali, une jeune femme en blouse verte dort sur un banc en bois. Djenaba Tembely se repose entre deux patientes. Elle récupère. Les mardi, mercredi, et jeudi, la matrone, en plus de sa permanence dans le centre, fait sa tournée. Au total : elle visite trente-neuf villages, situés de 5 à 18 km de la ville. « On commence à 7 heures, et on finit à 17 heures. Mais en vérité, on n’a pas vraiment d’horaires », confie cette maman de deux enfants.

Enceinte, la matrone ne ménageait pas ses efforts. Bien au contraire. Les matins, elle conduisait coûte que coûte sa moto sur des pistes de brousse parfois très chaotiques. « Ce sont des vieilles motos. Souvent, on est obligé de les pousser quand elles tombent en panne », dit-elle un brin de fataliste. Sans la visite de Djenaba dans les villages, les familles ne seraient pas suivies médicalement. Il n’y aurait pas de consultation prénatale, pas de premiers soins, ni de prévention. Appuyée contre le mur, Djenaba regarde et caresse son ventre anormalement gonflée. « J’ai subi plusieurs éventrations à la suite de mes grossesses. Comme je faisais de la moto, les fils se sont arrachés et ça c’est infecté… ». Sa voix se perd dans un chuchotement.

« C’est Dieu qui l’a voulu »

Etre matrone dans un CESCOM n’est pas de tout repos. Entre la tournée, les pannes d’électricité et les va-et-vient incessant, Djenaba est souvent débordée. Avec son travail, cette maman âgée de 37 ans ne peut pas s’occuper de son fils et de sa fille qu’elle doit faire garder par sa belle-mère. « Ce n’est pas évident mais c’est comme ça », commente-t-elle. Son métier, « c’est Dieu qui l’a voulu », alors elle le fait tant bien que mal, même si elle rêve au fond d’un autre avenir pour ses enfants. « J’espère que ma fille ne sera pas matrone. Cela ne rapporte pas beaucoup. Je veux qu’elle étudie! », explique-t-elle.

Djenaba a arrêté en huitième année, en primaire. Ce n’est que tardivement qu’elle a fait le choix d’être matrone pour « gagner un peu sa vie ». Après avoir fait une formation à la Croix rouge à Bamako, elle a enchainé avec quatre années de stage, pour lequel elle n’était pas rémunérée. Maintenant, Djenaba gagne 45 000 FCFA (68 euros) par mois alors qu’un SMIC malien équivaut à 55 000 FCFA (84 euros). Depuis 2001, son salaire n’a toujours pas été augmenté. Alors, la jeune femme essaye de trouver la motivation ailleurs : « J’aide les femmes à donner la vie et je soigne les enfants. C’est ça qui est bien ». Djenaba n’est pas la seule à se plaindre des conditions de travail. Au Mali, de moins en moins de jeunes femmes veulent devenir matrone. Une situation qui, si elle perdurait, pourrait avoir de lourdes conséquences. Dans les villages isolés du pays, beaucoup de femmes et d’enfants ne sont suivis que par des matrones qui font le déplacement, chaque semaine, en moto.