Mathias cherche son père

 » I.T. Immatriculation temporaire  » du Guinéen Gahité Fofana est un petit bijou de cinéma. Il vient d’être présenté dans le cadre de la Quinzaine du cinéma francophone du Centre Wallonie-Bruxelles (du 11 au 22 septembre) à Paris.

Du 11 au 22 septembre, le Centre Wallonie-Bruxelles à Paris propose sa Quinzaine du cinéma francophone. Cette dernière présente une sélection de films en avant-première et une rétrospective thématique. Cette année, dans la perspective du Sommet de la Francophonie qui se tiendra à Beyrouth en octobre prochain, le Centre offre un panorama du cinéma libanais. Le Liban à l’honneur donc, avec quatorze séances qui lui sont consacrées sur vingt et une que compte la Quinzaine.

L’Afrique francophone n’est pourtant pas en reste. Le Tchad , la Guinée, le Maroc ou encore l’Algérie sont de la séance à travers une sélection de films présentés au Centre en avant-première :  » Daresalam  » de Serge Issa Coelo (Tchad, 2000),  » Au-delà de Gibraltar  » de Taylan Barman et Mourad Boucif (Maroc, Belgique, 2001),  » L’Autre monde  » de Merzak Allouache (Algérie, France, 2001) et un petit bijou guinéen,  » I.T. Immatriculation temporaire  » de Gahité Fofana.

A la recherche du géniteur

Ce film, présenté à Cannes en mai dernier, sera en compétition au Festival de Namur la semaine prochaine. Production d’Arte et cinquième film du réalisateur,  » Immatriculation temporaire « , est bourré d’humour et de talent. Lorsque son héros, Mathias Lénault, débarque en Guinée, c’est  » un bon p’tit Blanc « . Il a une grosse valise, des livres, un cahier et sa carte de vaccination. Pourtant Mathias n’est pas Blanc. Ni Noir.

Ses parents, Français expatriés à Fria dans les années soixante, sont tous les deux Blancs. Mathias est métis. Alors qu’il quitte la Guinée sept jours après sa naissance, il cherche aujourd’hui à retrouver son  » géniteur  » guinéen. Après un dépouillage musclé de ses affaires et de ses papiers, Mathias rencontre dans un  » maquis  » John Tra, magouilleur à la petite semaine, spécialiste des  » affaires sociales « , et sa soeur, Rama. Avec eux, il retrouve sa ville natale, Fria, construite par Péchiney pour exploiter la bauxite de la région.

Le Parisien va devoir se faire à la vie sur place, remplacer son café matinal par une Skol moyennement fraîche, délaisser son jean pour une galebeyya et fréquenter ces  » maquis « , bars clandestins réunissant toute la jeunesse du coin. C’est là que se règlent (où commencent ) les problèmes d’argent et de coeur. Ces scènes de nuits, récurrentes, sont filmées avec sensualité. Le réalisateur maîtrise parfaitement la pénombre, les lumières tamisées et ses images sont magnifiques, portées par un grain de pellicule épais.

Humour, humour

Naïf et manipulé par ses amis, Mathias s’accroche. Il veut voir son père. Evidemment, la rencontre est un fiasco total : Camara Laye, fainéant notoire, père de plusieurs enfants, n’a rien à apporter à ce fils qu’il ne connaît pas. Tragi-comique. Cette quête du père s’accompagne d’une découverte d’un pays et d’un peuple. D’une Afrique mâtinée de violence et de nonchalance. Un humour incisif est distillé au gré des scènes, la bande son est excellente, tout comme les acteurs. Pourtant, un regret : ce film est trop court et se termine d’une façon très abrupte. Le spectateur reste sur sa faim…

Avant de voir prochainement  » Immatriculation temporaire  » sur les écrans africains et français, rendez-vous donc au Festival de Namur (28 septembre-5 octobre) pour découvrir les pérégrinations du  » p’tit  » métis.

Centre Wallonie-Bruxelles. 46, rue Quincampoix – 75004 Paris

Renseignements : 00 33 1 53 01 96 96