Marrakech respire

167 pays ont conclu très récemment à Marrakech l’accord sur le climat ouvrant ainsi la voie à la ratification du protocole de Kyoto. Historique car ce protocole est le plus ambitieux jamais conclu en matière d’environnement.

Quelques mois après avoir été déclaré mort par les Etats Unis, le protocole de Kyoto revient plus que jamais. Samedi 1er novembre à Marrakech, 167 ministres de l’Environnement ont adopté les modalités d’application du protocole par consensus. Cet accord clôt un cycle d’âpres négociations. La mise au point du mode d’emploi de Kyoto était, depuis la conclusion du protocole en 1997, la condition essentielle de sa ratification par les pays développés. Et par conséquent de son application.

Réduire les gaz

Le protocole de Kyoto porte sur la réduction des émissions des gaz libérés dans l’atmosphère par les industries et les activités humaines. Ces gaz sont responsables du réchauffement climatique. Si les pays les plus industrialisés ne réagissent pas, sécheresse, pluies torrentielles et inondations risquent fort d’être le lot de nos futures années. En d’autres termes, de graves changements climatiques sont à prévoir et comme le prouve le bilan meurtrier des inondations en Algérie, ce sont encore une fois les pays du Sud qui sont les plus vulnérables. L’homme doit adapter rapidement ses modes de vie car sa responsabilité dans la pollution est engagée.

Le protocole prévoit donc un programme adapté et à long terme. Pour commencer, il impose à 39 pays du Nord une diminution moyenne de 5,2% de leurs émissions de gaz à effet de serre pour 2008-2012 et cela par rapport à une année de référence, 1990 en l’occurrence. Mais le programme ne s’arrête pas en 2012. Il prévoit de nouvelles réductions d’émissions de plus en plus strictes et par paliers successifs de cinq ans. Il visera aussi progressivement les pays en développement uniquement chargés pour l’instant d’établir des inventaires d’émissions.

Applications et ratification

Chaque pays industrialisé devra s’efforcer de réduire ses émissions, en utilisant par exemple des sources d’énergie moins polluantes que le pétrole et le charbon. Afin de faciliter leur tâche, le protocole a prévu des mécanismes de flexibilité. Il sera possible d’échanger les réductions d’émissions entre les pays pour amoindrir les coûts. Il sera également permis à un pays industrialisé qui a maximisé sa diminution, de vendre sa marge à ceux qui ont des difficultés pour la respecter. C’est ainsi qu’en 2008, un marché mondial du carbone doit être mis sur pied.

Quant à la valeur juridique du système de contrôle des engagements, elle ne sera fixée qu’après l’entrée en vigueur du protocole. En attendant, les grands gagnants de l’accord signé à Marrakech sont la Russie et le Japon. La première a obtenu un doublement de son forfait de puits de carbone autrement dit du stockage du CO2 par les forêts. Le second, opposé aux pénalités légalement contraignantes, a reçu l’assurance que celles-ci ne seraient plus modifiées.

Rien d’étonnant à ces concessions. Pour entrer en vigueur, le protocole doit être ratifié par 55 pays. Ces pays doivent représenter 55% des émissions des pays industrialisés. Or compte tenu de la défection américaine, il est absolument nécessaire que la Russie et le Japon ratifient cet accord. Les défenseurs de l’Environnement espèrent bien que le protocole pourra entrer en vigueur d’ici le sommet mondial sur le développement durable, prévu en septembre prochain à Johannesburg.