Maroc : un pas vers l’autonomie du Sahara occidental ?

Khali Henna Ould Errachid, le président du conseil royal qui regroupe 142 représentants sahraouis, a livré hier ses propositions pour l’autonomie du Sahara occidental. Le plan est conforme aux attentes du roi Mohamed VI. Il écarte toute perspective d’indépendance.

Au cours d’une conférence de presse, mercredi, à Rabat, Khali Henna Ould Errachid, le président du Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (Corcas), a dévoilé les résultats de six mois de discussions qui ont abouti mardi soir. Les 142 Sahraouis membres du Corcas ont énoncé des propositions, remises au roi Mohamed VI, devant mener le Sahara occidental vers l’autonomie. Ils proposent la mise sur pied d’un gouvernement, d’un parlement et d’une autorité judiciaire autonome. Mais ils ont écarté toute perspective d’indépendance. Khali Henna Ould Errachid a déclaré que cette voie offre un chemin vers « l’autodétermination via l’autonomie, mais ne propose pas une autodétermination qui conduirait à la séparation et à l’indépendance. » Le Corcas a été mis sur pied, en mars 2006, par le roi du Maroc, lequel entend fermement conserver son unité sur le territoire. Par conséquent, la marge de manœuvre de cette institution est pour le moins limitée.

Selon Khali Henna Ould Errachid, ce plan apportera « une solution finale et complète à la question du Sahara occidental parce qu’il satisfait toutes les demandes historiques des Sahraouis. » Et une fois que le souverain alaouite l’aura entériné, Rabat déclenchera une campagne diplomatique pour renforcer le soutien au projet d’autonomie dans le pays et à l’étranger.

L’indépendance écartée

Toutefois, les indépendantistes sahraouis, organisés au sein du Front Polisario, sont solidement opposés à toute idée d’autonomie. Le Sahara occidental a été annexé par le Maroc en 1975, après le départ du colonisateur espagnol. Le royaume alaouite a justifié son acte en évoquant des droits ancestraux sur ce territoire riche en phosphate, en pêcheries et, probablement, en gisements de pétrole offshore. Dès le 27 février 1976, le Front Polisario proclamait la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et engageait un combat armé contre l’Etat marocain. Aujourd’hui, la RASD est reconnue par l’ensemble des Etats africains excepté le Maroc. Réfugié à Tindouf, en Algérie, comme un tiers de la population sahraouie, le Front Polisario n’a jamais abandonné l’idée de l’indépendance. Et les autorités algériennes soutiennent leur combat, ce qui alimente les tensions avec leur voisin marocain.

Interrogé mercredi sur la position du Front Polisario, le président du Corcas a répondu que « l’indépendance n’est pas possible, parce que les Sahraouis sont dispersés aux frontières et à l’intérieur de quatre Etats : l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Maroc. », puis il a ajouté que « le Polisario craint [le] plan [du Coscas]. Ils le considèrent comme un tsunami parce qu’il offre une alternative aux Sahraouis. » Pour Khali Henna Ould Errachid, « tous les Sahraouis, exceptés les 800 à 1000 personnes qui forment le gros des troupes et des soutiens du Polisario, nous disent qu’ils sont pour l’autonomie. »

Les Nations Unies n’ont jamais réussi à faire appliquer leur plan de sortie de crise, qui prévoit la tenue d’un référendum d’autodétermination. Les propositions pour l’autonomie du Sahara occidental proposées par le Conseil royal consultatif, une fois qu’elles seront amandées par Mohamed VI, seront présentées à l’institution internationale. Il est permis de douter qu’elles réglent ce conflit vieux de 30 ans.