Maroc : Mohammed VI a-t-il les vrais chiffres du Coronavirus ?

Le roi du Maroc, Mohammed VI

Au Maroc, les autorités sanitaires et même l’OMS lancent l’alerte s’agissant des chiffres élevés de contaminations au Coronavirus. Une situation apocalyptique dressée au roi Mohammed VI, qui visiblement, n’a pas pris le temps d’étudier l’évolution des chiffres de la pandémie au royaume.

« Le Maroc fait face à une hausse des infections au Coronavirus, avec plus de 1 000 cas enregistrés quotidiennement depuis quelques jours, l’Organisation Mondiale de la santé (OMS) mettant en garde jeudi contre cette « tendance à la hausse ». C’est ce qui a été relayé par la presse, ces derniers jours, tirant la sonnette d’alarme.

Considérant ces chiffres élevés (1 325 cas le jeudi, 1 565 le vendredi et 1 609 le samedi) le roi Mohammed VI a effectué une sortie pour mettre en garde. Saisissant l’occasion du 67ème anniversaire de la Révolution du roi et du peuple, le roi Mohammed VI a appelé les citoyens à se mobiliser pour maîtriser la propagation du Coronavirus. Le roi du Maroc a regretté une recrudescence des cas d’infection au Covid-19 et une dégradation de la situation sanitaire.

« Concomitamment aux mesures initiées par les pouvoirs publics pour juguler la pandémie, j’appelle les forces vives de la Nation à faire preuve de mobilisation et de vigilance et, particulièrement, à adhérer unanimement aux efforts déployés à l’échelle nationale, afin de sensibiliser la société, éveiller sa conscience et l’encadrer », a dit le roi Mohammed VI.

Regrettant que la dégradation de la situation sanitaire « ne porte guère à l’optimisme à cette date », pour Mohammed VI, « quiconque, cher peuple, te dit le contraire est un affabulateur ». Evoquant une nouvelle phase de confinement, « dans l’hypothèse où, Dieu nous en garde, cette décision difficile devait être prise, ses répercussions sociales et économiques seraient rudes pour l’ensemble des citoyens », a mis en garde le souverain.

Des mises en garde sévères du roi qui pourraient ne pas se justifier. En effet, à la date du vendredi 21 août 2020, sur 20 569 tests Covid réalisés au Maroc, 1 609 sont revenus positifs ; soit un taux de positivité de 7,8%. Ce samedi 22 août, sur 20 778 tests réalisés, 1 565 sont revenus positifs ; soit un taux de positivité de 7,5%. Un taux de loin meilleur que ceux des débuts de la pandémie.

Pourquoi les chiffres de contaminations sont actuellement si élevés au Maroc ? C’est tout simplement parce que le nombre de tests quotidiens a été multiplié par au moins 15. A la date du 31 mars 2020, au début de la pandémie, Dr Amina Hansali, chargée de communication à l’INH, l’Institut national d’hygiène de Rabat, faisait des révélations édifiantes.

« L’INH est avec l’Institut Pasteur et l’hôpital militaire de Rabat, l’un des trois laboratoires agréés par le ministère de la Santé pour effectuer les tests de Covid-19. En tout état de cause, nous avons appris que les deux laboratoires principaux, INH et Pasteur, réalisent chacun « 200 à 300 » tests par jour. La capacité actuelle a permis d’absorber toutes les demandes de tests reçues.

A cette date (mardi 31 mars 2020), donc 29 jours après le premier cas, 2 801 tests avaient en tout été réalisés au Maroc, selon le ministère de la Santé. Toujours à cette date du 31 mars 2020, le directeur de l’épidémiologie et de la lutte contre les maladies au ministère de la Santé, Mohamed El Youbi, indiquait que le nombre de cas recensés est de 68 durant les dernières 24 heures. Soit un taux de positivité de 13,6%, presque le double des taux actuels.

Loin de chercher à encourager les Marocains à se diriger vers un laisser-aller et fouler aux pieds les mesures sanitaires, il faudrait juste que le roi et son peuple sachent que si les tests augmentent, le nombre de cas, en cette période de pandémie, ne peut qu’augmenter. Là où le Maroc avait près de 70 cas sur environ 500 tests réalisés, si le royaume se retrouve avec 1 600 cas sur 20 000 tests réalisés, c’est une belle performance.

En lieu et place de tirer la sonnette d’alarme, le roi du Maroc devrait plutôt être édifié sur l’évolution réelle des taux de la pandémie. Et se limiter sur ces faits et chiffres qui reflètent la réalité permet de comprendre que l’heure est (encore) favorable pour tresser des lauriers à Mohammed VI, quant à sa gestion de la crise sanitaire.