Maroc : le très sensible article 19

Le Mouvement du 20 février a appelé à une nouvelle marche pacifique dans plusieurs villes du royaume chérifien ce dimanche 24 avril. C’est la troisième fois que les jeunes Marocains envahiront la rue pour réclamer des changements politiques et sociaux, notamment la modification de l’article 19 de la Constitution.

La jeunesse marocaine se réunira pour la troisième fois ce dimanche depuis le début des révoltes dans les pays arabes. Ils réclament des réformes politiques et sociales, la révision de la Constitution et surtout celle de l’article 19. Ce texte est le pilier de la monarchie marocaine compte tenu des prérogatives données au roi. « Le roi, Amir al Mouminine (Commandeur des croyants), représentant suprême de la nation, symbole de son unité, garant de la pérennité et de la continuité de l’état, veille au respect de l’islam et de la Constitution. Il est le protecteur des droits et libertés des citoyens, groupes sociaux et collectivités. Il garantit l’indépendance de la nation et l’intégrité territoriale du royaume dans ses frontières authentiques », stipule cet article de la Constitution. Il donne les pleins pouvoirs au roi en le déifiant.

Selon Montasser Drissi, un des militants du Mouvement du 20 février , « le roi doit cesser de s’autoproclamer Commandeur des croyants, cet article doit à tout prix être changé au nom de la liberté des individus, chacun doit agir librement. Tant que cet article restera inchangé, toutes les modifications de la Constitution qui pourraient avoir lieu ne rimeront absolument à rien. » Le ton est encore plus ferme du côté du Parti Socialiste unifié (PSU) qui précise que « cet article est une Constitution à lui seul, il divinise la personne du roi. Il est indispensable de l’amender, de le relativiser, afin de délimiter les pouvoirs du roi et d’ouvrir réellement les portes à la démocratie. » Cet avis semble partagé par nombre de Marocains.

La démocratie avec ou sans l’article 19 ?

Réforme.ma est un site Internet crée par deux ingénieurs informaticiens marocains qui ont pris l’initiative de sensibiliser et de promouvoir le débat sur les dispositions de la Constitution à travers d’un forum virtuel. A propos de l’article 19, l’un des forumistes pense qu’ « Amir Al Mouminine ne doit plus être qu’un titre honorifique. Il n’est plus question, si on veut se consacrer à la démocratie, que le titre religieux se confonde avec les prérogatives politiques (…) Il faut revoir de fond en comble cet article. Dans sa formulation actuelle et la philosophie qui en découle, cet article est la porte d’entrée à l’absolutisme et au despotisme. On se rappelle l’usage qu’on a fait le Monarque défunt lorsque les députés d’un parti politique ont décidé de se retirer du parlement suite aux événements de 1981 et à la répression qui s’en est suivie. Ils n’étaient plus considérés comme opposants mais comme apostats puisqu’ils ont quittés la « communauté » et donc se sont opposés à Amir Al Mouminine. »

Cependant, d’autres voies de la société civile prônent la patience dans cette période de réformes. Pour la présidente de l’Organisation marocaine des droits humains (OMDH), Amina Bouayach, « il faut être patient avant de demander la réforme de l’article 19 (…) Le roi a été au-delà de l’attente des jeunes. Il y a deux possibilités de demander une réforme de la Constitution, soit par la voie du Parlement, qui d’ailleurs ne l’a pas fait, soit par la voie royale, et là en l’occurrence c’est le roi qui en a pris l’initiative ». Si les Marocains ont droit à plus démocratie, il n’en demeure pas moins qu’ils vivent dans une monarchie, souligne la militante. De même, Driss Lachgar, membre du bureau de l’Union des forces socialistes Populaires (UFSP) confiait au magazine Telquel « qu’il était possible de remanier profondément le texte et l’esprit de la Constitution sans même toucher à l’article 19 ».