Maroc : le Mouvement du 20 février, mort ou vif ?

Il y a deux ans, jour pour jour, des dizaines de milliers de Marocains marchaient sous la bannière du Mouvement du 20 février. Aujourd’hui, le groupe rassemble quelques dizaines de personnes lors de manifestations.

Briser le tabou de la crainte. Le 20 février 2011, des centaines de militants étaient parvenus à relever le défi dans un royaume où la monarchie suscite la peur. A l’appel du Mouvement du 20 février, des dizaines de milliers de Marocains étaient descendus dans les rues pour réclamer des réformes sociaux-économiques, une vraie justice, l’abolition de la corruption ou encore la libération des prisonniers politique et d’opinion. « Aujourd’hui, nous avons recentrés nos revendications, affirme Montasser Drissi, membre du mouvement. Nous réclamons la libération des prisonniers politiques et la liberté de s’exprimer. »

Les contestations répétées du Mouvement du 20 février (M20) ont contraint la monarchie à revoir sa Constitution et à organiser des élections législatives anticipées. Ainsi, en novembre 2011, Le Parti islamiste Justice et Développement (PJD) a raflé la majorité des votes donnant ainsi l’accès à son leader, Abdelilah Benkirane, au poste de Premier ministre. Mais pour une grande partie du mouvement, les réformes engagées par le gouvernement ne suffisent pas. Le taux de chômage touche toujours autant la jeunesse marocaine. Beaucoup dénoncent encore une restriction de la liberté d’expression et les arrestations arbitraires.

Par ailleurs, ces élections n’ont pas mobilisé un si grand électorat. L’appel au boycott des législatives a été largement suivi par les Marocains. Sur 20 millions d’électeurs, seuls six millions ont participé aux votes, dont un million a voté blanc. Le taux de participation avoisinait les 24%. La victoire du PJD a manqué de légitimité populaire. Pendant la campagne, le candidat islamiste affirmait vouloir écarter le makhzen (cabinet occulte du roi Mohamed VI, ndlr) du pouvoir. Lors de ses sorties médiatiques, Benkirane s’était brutalement opposé au M20, vouant son amour à une monarchie « incontestable ».

Un M20 affaibli

Le Mouvement du 20 février n’inquiète plus autant la monarchie qu’auparavant. Le mouvement ne parvient plus à mobiliser de manière importante les foules. Le manque d’organisation et de coordination au sein du mouvement s’est fait ressentir à plusieurs moments. De plus, le plus souvent, les revendications du M20 ne répondaient pas vraiment aux attentes des couches populaires.

Créé dans la mouvance des soulèvements arabes, deux ans après le mouvement a perdu de sa superbe. L’essoufflement du mouvement est une réalité. « Le makhzen a proposé son alternative : une nouvelle constitution », déclare Montasser Drissi. Les gens se sont calmés et préfèrent attendre de voir si cette Constitution changera ou non quelque chose. »

Aujourd’hui, quelques dizaines ou centaines de personnes se réunissent lors des manifestations organisées par le groupe. Les autorités ont d’ailleurs profites de la baisse de médiatisation du mouvement du 20 février pour arrêter et juger « souvent en tout discrétion » des dizaines de militants, entre 50 et 60, aux quatre coins du pays. Selon Khadija Ryadi, la présidente de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), « une cinquantaine de militants sont aujourd’hui emprisonnés ». Ces jeunes sont le plus souvent poursuivis pour des accusations de droit commun. C’est le prix à payer pour quiconque s’élève contre le mépris, milite contre la corruption et une justice épineuse. « Depuis que la rue s’est calmé, le makhzen se permet à nouveau de violer nos libertés, et ce, malgré la nouvelle Constitution et le nouveau gouvernement », surenchérit Montasser Drissi.

Espoir et renaissance

Il est à noter que le M20 a tout de même réussi à mobiliser, de façon continue et sur une assez longue période, des milliers de personnes autours de slogans politiques inédits. Un véritable raz de marée politique pour les partis bien en place dans le pays. Il a réussi à attirer le regard sur une jeunesse marocaine politisée. Ce qui a obligé plusieurs partis à ouvrir leurs portes à de jeunes visages. Quant au simple fait de manifester, malgré les bavures policières, le M20 a l’a transformé en acte populaire.

L’esprit du M20 n’est pas encore mort. Plusieurs militants continuent de défier la justice, le gouvernement et même le palais. Le combat pour la dignité, une monarchie parlementaire, la libération des prisonniers politiques ou encore la fin de la corruption se poursuit tout de même.

Les activistes fondent leur espoir sur l’échec des réformes engagées. « Il y a déjà une renaissance, ou plutôt une continuité des activités, souligne Montasser Drissi. On voit beaucoup d’initiatives qui naissent, des activités contestataires de nature différentes. Lorsque la population s’apercevra que cette nouvelle Constitution n’était pas la réponse attendue, le mouvement reprendra la main et on assistera à un nouveau souffle ».

A l’occasion de son deuxième anniversaire, les militants du Mouvement du 20 février ont organisé un festival qu’ils ont appelé « résistance et alternative ».