Maroc : Le gouvernement « kafkaïen » de Benkirane

Pari gagné pour le Parti Justice et Développement. Le parti marocain à référentiel islamique, traditionnellement de l’opposition, est arrivé en tête aux élections législatives du 25 novembre, à l’instar d’Ennahda en Tunisie et très probablement des Frères musulmans en Egypte. Mais le PJD n’arrive pas seul, les anciennes grosse têtes du gouvernement l’accompagnent.

Un parti islamiste au pouvoir ? Une première dans le royaume chérifien. Bien que le roi Mohammed VI reste le chef suprême, le Parti Justice et Développement (PJD) est arrivé en tête des élections législatives du 25 novembre. Comme le veut la nouvelle Constitution, c’est au sein du parti vainqueur que le roi pioche son Premier ministre. Et Abdelillah Benkirane, secrétaire général du PJD, a ainsi succédé, le 29 novembre, à Abbas El Fassi à la tête de la Primature.

La nouvelle étape est maintenant de former un gouvernement. Un poil novice, le nouveau Premier ministre n’entend pas gérer seul cette délicate opération : « Nous ne pouvons pas conduire seuls le gouvernement. Nous allons donc nous allier avec d’autres partis », avait déclaré M. Benkirane à la presse marocaine, peu après sa nomination. Les Fassi Fihri du parti de l’Istiqlal, Khalid Naciri et Nabil Benabdellah du Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), et autres Mohand Laensar du Mouvement populaire (MP), dont les Marocains n’ont pas voulu lors des dernières élections, vont donc revenir aux affaires… Seule subsiste la bataille au sujet de l’attribution des différents postes ministériels.

Des partis, une coalition

Le parti islamiste, version soft, pourra-t-il gouverner comme il le souhaite ? Rien n’est moins sûr. Ses 107 sièges ne lui donnent pas la majorité absolue ce qui l’oblige à former des alliances. La nouvelle coalition gouvernementale totalise 217 sièges, soit 55% des 395 sièges du Parlement. Une alliance suffisamment compacte et étroite pour empêcher le PJD d’aller trop loin dans sa chasse aux corrompus, et ce même dans l’entourage du roi, comme il l’avait promis lors de sa campagne électorale.

Une nouvelle Constitution, des élections anticipées, l’arrivée au pouvoir d’un Premier ministre… Bref, tous les ingrédients idéaux étaient réunis pour la construction d’un nouveau Maroc. Mais… avec les anciens ! Ces mêmes dirigeants qui ont permis la normalisation de la corruption, du chômage, des logements insalubres ou encore l’arrestation des prisonniers politiques et d’opinions sont de retour, main dans la main, avec le PJD. Toutefois, si l’Istiqlal n’a pas tardé à dire « oui » à l’appel lancé par le PJD pour figurer dans le prochain gouvernement, les amis d’El Fassi se montrent très gourmand et lorgneraient sur des postes clefs. La probabilité de revoir au pouvoir ceux qui ont gérer le pays ces dernières décennies est de plus en plus forte, alors même que la majorité des électeurs ont voté contre eux.

Selon Thami El Khiari, Secretaire national du Front des forces démocratiques, cette nouvelle coalition est aberrante. « Je ne sais même pas si je dois réagir à ce genre d’évènement, c’est tout simplement kafkaïen », a-t-il déclaré.

Finalement, Benkirane a sa coalition. Mais qu’en pense le peuple ? « Islamistes, nationalistes clientélistes, communistes repentis, vieux turbans et partisans de l’ancien ministre de l’intérieur, Driss Basri » … Avec tout ce mélange ce n’est plus un gouvernement, comme dirait Demainonline.com, c’est un souk !