Marie Angélique Savané : « Le devenir de l’Afrique repose sur les femmes ! »

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En Afrique subsaharienne, les femmes ont loin d’avoir la vie facile, notamment dans les zones rurales, où elles travaillent dans des conditions rudes. Elles sont aussi toujours sous-représentées dans les sphères dirigeantes. A l’occasion de la journée internationale de la femme, la sociologue sénégalaise Marie Angélique Savané, l’une des plus grandes féministes du continent, fait un état des lieux.

marie_angelique_savane.jpgFeministe ardue, la sociologue sénégalaise Marie Angélique Savané se bat depuis de nombreuses années pour la promotion des femmes africaines qui sont toujours sous représentées dans les sphères dirigeantes au profit des hommes. Elle est l’une des pionnières du féminisme sur le continent. La féministe, qui a créé la revue africaine Famille et développement, est consultante au sein des Nations-Unies.

Afrik.com : Avez-vous constaté des évolutions sur la condition des femmes en Afrique?

Marie Angélique Savané :
Oui il y a eu des évolutions. Il y a eu notamment des progrès sérieux en matière d’éducation. Beaucoup de femmes ont eu l’occasion d’aller étudier à l’école, notamment en zone rurale. Ce sont des avancées positives et importantes. Il y a aussi eu des progrès sur le plan de la santé. Mais ce sont des avancées relatives car la prévention reste toujours l’un des plus grand problème des pays africains. En Afrique, on attend toujours que les choses se passent pour agir. On n’anticipe pas suffisamment les problèmes. De même, l’accès aux planifications est toujours très difficiles pour les femmes. Or on sait qu’une partie de la santé des femmes dépend de ses capacités à espacer ses naissances.

Afrik.com : Qu’est ce qu’il faut améliorer pour permettre aux femmes de s’épanouir ?

Marie Angélique Savané :
Il y a beaucoup de travail à faire sur le plan politique, où les femmes sont toujours sous-représentées par rapport aux hommes ! Sans compter que l’augmentation de l’urbanisation les rendent plus fragiles avec la recrudescence des viols et agressions à leur encontre. Et la polygamie continue toujours même auprès des hommes qui ont fait des études et décroché de grand diplômes. C’est une réalité ancrée dans la société. Contrairement à ce qu’on pensait, la polygamie ne s’est pas réduit! On n’est toujours effarée de voir que des hommes malgré leurs diplômes s’adonnent à ces pratiques.

Afrik.com : Vous ne semblez pas optimiste pour l’amélioration des conditions de vies des femmes. Pourquoi?

Marie Angélique Savané :
Je ne suis pas très optimiste car l’image de la femme est toujours dévalorisée. Elle reste toujours une citoyenne de seconde zone! On a du mal encore à changer les traditions. Il n’y a seulement que quelques femmes qui émergent et on se contente de cela en pensant que c’est suffisant! Dans l’exécutif elles sont très peu représentées! Il y a encore des pays africains qui n’ont même pas de code de la famille, c’est inadmissible !

Afrik.com : A vous entendre, il n’y a donc pas eu beaucoup de changements en faveur des femmes?

Marie Angélique Savané :
Fondamentalement, il n’y a pas eu de changement quantitatif pour les femmes. C’est pour cela que les jeunes générations doivent continuer à se battre pour changer les choses. Mais aujourd’hui on a l’impression que les jeunes sont moins impliquées dans la cause féminine. On a eu des avancées mais on reste encore sur nos acquis. Même la journée du 8 mars est tombée dans l’oubli dans la plupart des pays africains. Actuellement, aucun pays du continent n’a une organisation féminine qui revendique les droits des femmes de façon constante. On se repose sur nos lauriers et se contente des miettes ! Il n’y a pas aujourdh’ui de véritable mouvement contestataire.

Afrik.com : Se sont pourtant les femmes qui tiennent l’économie en Afrique?

Marie Angélique Savané :
Oui mais le problème justement c’est qu’on ne tient pas en compte que se sont les femmes qui tiennent l’économie du continent! Si on veut développer les pays africains, il faut développer l’économie de services tenue par les femmes! Comment voulez vous que l’Afrique se développe si 50% les femmes sont laissées de côté ! Ignorée ! Les femmes africaines ne sont pas soumises ! Elles travailles dans des conditions très difficiles! Elle font de la résistance! Elles résistent à leurs manières pour subvenir aux besoins de leurs enfants. Il n’y a pas un Africain qui peut dire qu’il n’est pas devenu ce qu’il est devenu si sa mère ne l’avait pas poussé à étudier, à se battre pour assurer son avenir. Il n’y en a pas! Le devenir de l’Afrique repose sur les femmes!

Afrik.com : Il reste donc encore beaucoup à faire pour l’amélioration de la condition féminine en Afrique?

Marie Angélique Savané :
Il y a en effet beaucoup à faire! Un des gros problèmes que nous avons et qui fait que l’Afrique stagne est que les femmes ne sont pas prise en compte. plus de 50% de cette population travaille dans des conditions difficiles, moyenâgeuses! L’Afrique n’aura jamais d’inpédendance alimentaire tant qu’on ne donnera pas de moyens aux femmes! Allez dans n’importe quelle marché et vous verrez que se sont les femmes qui y sont majoritaires!

Afrik.com : Quels sont les conseils que vous donnez à toutes celles qui souhaitent entreprendre des projets mais sont confrontées au manque de moyens pour les concrétiser?

Marie Angélique Savané :
Il faut que les femmes s’organisent! En restant isolée on ne s’en sortira pas! Il faut recréer des organisations féministes puissantes dans les quartiers, les lieux de travail, en zone rurale ! il faut que les femmes se battent pour obtenir leurs droits. C’est à nous de créer les conditions nécessaires pour l’amélioration de notre futur.