Marchés financiers : les Suisses misent sur l’Afrique

Il n’y a pas si longtemps encore, évoquer la Suisse au détour d’une conversation sur l’Afrique, c’était le plus souvent faire référence aux comptes en banque fournis de quelque dirigeant africain et à la corruption qui permet de les alimenter. Désormais, il va falloir y réfléchir à deux fois avant d’opérer une telle association.

par Michaël Cheylan

En cause deux initiatives suisses lancées ce mois-ci et qui vont sans conteste contribuer à dynamiser les marchés financiers africains. La première, c’est la parution d’un journal financier francophone consacré exclusivement à l’Afrique. Les Afriques s’est fixé pour mission de rendre compte au mieux de l’actualité économique et financière africaine. L’hebdomadaire, qui paraîtra chaque mercredi à compter du mois de septembre, souhaite aussi renforcer l’attractivité du continent africain auprès des investisseurs grâce à une meilleure information.

Plusieurs financiers réputés pour leur expertise se sont lancés dans l’aventure. Parmi eux, des Suisses, dont Philippe Séchaud, administrateur de plusieurs banques africaines, qui préside le Conseil d’administration de cette nouvelle publication. Le numéro 1, très prometteur, a été tiré à 60 000 exemplaires et est actuellement disponible en kiosque au prix de 1,50 euros. Après l’annonce de l’arrivée de CNBC Africa sur les télés africaines, Les Afriques vient à son tour renforcer l’offre d’informations financières sur un continent où celles-ci est souvent difficile à se procurer.

Miser sur l’Afrique : un choix de raison

La seconde initiative est elle aussi le fait d’un Suisse, Nicolas Clavel, ancien directeur de la Citibank à Kinshasa, qui a lancé le 1er juillet dernier le tout premier hedge fund dédié à 100% à l’Afrique. Scipion African Opportunities Fund, c’est son nom, est un fonds d’investissement qui a pour ambition de réunir 700 à 800 millions de dollars, voire davantage. Ses activités seront découpés en trois compartiments :

 achat/vente d’actions côtés en bourse (portant, plus spécifiquement, sur les quarante plus grosses capitalisations boursières africaines) ;

 préfinancement des opérations de commerce international (portant essentiellement sur les matières premières non périssables telles que le blé, le café, le coton, le riz, etc.) ;

 enfin, investissement dans des sociétés qui préparent leur introduction en bourse ou dans d’autres sociétés non cotées (c’est cette activité qui constituera au sens strict un véritable hedge fund).

Pour Nicolas Clavel, miser sur l’Afrique aujourd’hui est un choix, non pas de cœur, mais de raison. « Les rendements sur les pays émergents, notamment BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), se réduisent après une forte croissance ces dix dernières années. Certains investisseurs sont à la recherche de nouveauté et l’Afrique est considérée comme la dernière frontière. Les prix élevés des matières premières et les investissements soutenus de la Chine ainsi que les engagements du G8 », poursuit-il « rendent la situation du continent intéressante pour les investisseurs ». Un constat que partage largement Philippe Séchaud. « l’Afrique est riche… d’un potentiel de croissance dont on commence seulement à entrevoir les prémisses », souligne-t-il dans le premier édito des Afriques.

La marge de progression pour s’aligner sur les marchés financiers les plus matures de la planète est certes encore importante. Mais incontestablement, l’Afrique, encore marginalisée hier, se met progressivement à l’heure (suisse) de la finance mondiale.