Manifestations en Guinée : Human Rights Watch inquiet de la situation

Les mouvements de protestation contre le projet de changement constitutionnel du président Alpha Condé se poursuivent en Guinée. Depuis le 13 janvier 2020, les manifestations ont entrainé la mort de trois personnes. En 2019, Human Rights Watch avait déjà dénoncé une répression aiguë des libertés d’expression et de réunion de la population. Des critiques que le pouvoir en place rejette en bloc.

Dans son récent rapport sur les droits de l’homme à l’échelle mondiale, Human Rights Watch avait déclaré qu’en Guinée, il y avait eu une répression croissante des libertés d’expression et de réunion en 2019. En juillet de la même année, le parlement a voté une loi autorisant la gendarmerie à faire recours à la force. Une loi qui, selon le chercheur de Human Right, Jim Wormington encourage l’impunité des actes des forces de l’ordre pendant les manifestations.

Le gouvernement priorise l’impunité des actes commis par les soldats surtout lors des manifestations en Guinée. Il n’y a donc presque plus d’espoir pour les manifestants tués ou blessés d’avoir une enquête judiciaire fiable ou que les forces de l’ordre responsables soient sanctionnées. Pour le compte des manifestations d’avril 2019, seul un cas s’est soldé par la condamnation d’un gendarme ou policier responsable de la mort d’un manifestant. Pourtant, selon Human Rights Watch, plus d’une vingtaine de manifestants ont été tués lors de manifestations contre la réforme constitutionnelle. « En tuant mon fils, ils m’ont aussi tuée. J’aurais préféré qu’ils le laissent vivre, et me tuent, moi… Dieu nous appelle à pardonner, mais je ne peux pas pardonner à ces gens-là. » c’est le témoignage de Adama Awa Diallo dont le fils aurait été tué par balle le 14 novembre 2019 par un membre des forces de sécurité guinéennes rapporte l’association humanitaire.

La nouvelle loi est donc un outil qui, utilisé dans le contexte actuel, amplifiera la situation et rendrait encore plus dangereuses les manifestations.

Le droit de manifester n’est pas bafoué, mais parfois recadré, selon le ministre

Le ministre de la Sécurité et de la protection civile, Damantang Albert Camara, rejette les critiques de ce rapport et se dit d’ailleurs étonné par certains éléments qu’il contient. Il soutient que le gouvernement respecte le droit de manifestation des citoyens guinéens. Il estime que le fait qu’une partie du rapport de Human Rights Watch indique que le gouvernement interdit systématiquement les manifestations, jette le doute sur la crédibilité du document.

Pour lui, en Guinée, le droit aux manifestations est respecté. Il en veut pour preuve les 530 manifestations ayant eu lieu sur les 7-8 dernières années. Il reconnaît toutefois que dans certains cas précis, des manifestations ont été redirigées, voire interdites.

Quant à l’aspect des violences commises au cours des manifestations, le ministre affirme que le gouvernement est conscient qu’il s’agit d’un enjeu de taille et que les auteurs de tels actes devront être recherchés et châtiés.