Malika Bongo : « Faire de la politique n’était pas mon premier choix »

A la tête de deux associations, « Défis de Femmes » et « Génération Plus », Malika Bongo, 32 ans, fille aînée du Président gabonais, est récemment entrée en politique. Elle est depuis peu, le 2e maire adjoint du deuxième arrondissement de la commune d’Akanda. Même si elle est très prise avec ses nouvelles activités politiques au sein de la localité, pas question pour autant de mettre en berne ses associations. Rencontre.

A Libreville

Lorsqu’on la voit pour la première fois, on peine à croire que Malika Bongo est maman de jumelles depuis trois ans. Tant sa silhouette longiligne, mise en valeur par une robe moulante mauve, digne des plus grands mannequins, déroute. A 32 ans, elle ressemble à une adolescente de 20 ans. La fille aînée du Président gabonais est issue de l’union d’Ali Bongo avec la métisse franco-gabonaise Annick Aubierge Lafitte Mouvagha. Elle est mariée depuis 2010 à Steve Dossou, fils de Samuel Dossou, PDG de Petrolin Group, et ex-conseiller d’Omar Bongo. Connue pour avoir relancé le concours de beauté Miss Gabon, elle ne cache pas sa grande timidité. Son cursus universitaire la prédisposait à la diplomate, mais sa forte sensibilité et sa volonté d’aider ses compatriotes l’ont rapidement entrainé sur le terrain social, puis en politique.

Même si son poste de maire lui prend beaucoup de temps, son domaine de prédilection c’est le social. Et pour rien au monde elle ne délaisserait ses deux associations (« Défis de Femmes » et « Génération Plus ») au profit de la politique. La politique pour elle est un instrument pour améliorer les conditions de vie de ses concitoyens, parmi lesquels beaucoup vivent dans la précarité. Elle admet qu’elle a au début eu du mal à se faire aux grands discours qui ne débouchent sur rien. Elle, c’est avant tout une femme de terrain, qui n’hésite pas à se rendre quotidiennement dans les villages les plus reculés pour poser des actes concrets en faveur des couches sociales défavorisées. Même si elle estime que ce n’est pas encore suffisant et voit plus grand pour la jeunesse, qui est l’avenir du pays, aime-t-elle dire. Malika Bongo est avant tout une citoyenne du monde qui a vécu un peu partout à l’international. Elle a effectué des études en relations internationales en France, et a fait son lycée aux Etats-Unis. Elle a travaillé à l’Unesco avant d’intégrer la fonction publique de son pays. Après cette expérience, elle est affectée à l’ONU, à Genève, pendant un an avant de décider de poser pour de bon ses valises au Gabon.

Afrik.com : pourquoi avez-vous décidé de rentrer au Gabon pour de bon ?

Malika Bongo :
J’ai décidé de revenir au pays pour apporter ma modeste contribution au développement. De l’extérieur, ce n’était pas évident, car il y avait surtout beaucoup de paroles et très peu d’actions. Si je suis revenue, c’est aussi pour réapprendre à connaître mon pays. Je voulais voir le nœud des problèmes, savoir ce que je pouvais faire par moi-même, et quel combat je pouvais mener pour aider et tenter de changer ce qui ne va pas.

Afrik.com : Qu’est-ce qui vous a poussé à créer l’association « Défis de Femmes », laquelle vient en aide aux femmes qui ont eu des grossesses multiples ?

Malika Bongo :
Je suis partie d’un constat simple : je suis moi-même maman de jumelles, qui ont trois ans aujourd’hui. Je sais à quel point les grossesses multiples sont difficiles et peuvent parfois compromettre la santé des mamans. En faisant le tour du pays, en me rendant sur le terrain, j’ai rencontré des dames qui me confiaient que c’était très difficile pour elles de gérer cette situation. Je me suis alors demandé comment je pouvais les aider et les soulager. J’ai senti qu’elles en avaient vraiment besoin et qu’elles étaient démunies. Les conditions de vie étaient particulièrement rudes pour celles qui se trouvaient au village. C’est de ce constat que l’association est née. Au de-là de valoriser la femme, l’association a pour but d’aider humainement. On procure aux mamans du lait, des couches, des vêtements. Ce sont de petites choses, mais qui peuvent changer la vie et représentent beaucoup dans le quotidien d’une maman.

Afrik.com : Il se dit que vous effectuez aussi un travail de sensibilisation au niveau du planning familial…

Malicka Bongo :
Oui nous abordons aussi la question du planning familial. Nous tentons en effet de sensibiliser sur cette question pour éviter les grossesses non désirées. Il faut apporter une certaine éducation aux jeunes filles. Nous leur expliquons qu’elles doivent régulièrement prendre leurs pilules pour éviter de tomber enceinte et qu’il est important qu’elles connaissent le cycle de leurs menstrues. Dans mes projets avec la mairie, je suis aussi en contact avec des jeunes, qu’on tente de soutenir. J’essaye d’être le tampon entre les autorités et la rue. On essaie de faire bouger les lignes.

Afrik.com : Quels sont les actions que vous menez auprès des jeunes au sein de votre deuxième association, « Génération Plus » ?

Malika Bongo :
On sensibilise les jeunes sur de nombreuses problématiques de l’heure, on les aide à s’organiser au sein de leurs quartiers. On est en partenariat avec la Croix-Rouge. On se rend aussi dans certains endroits, où il y a eu des inondations, des sinistres. On a aussi construit des puits, réalisé des forages. On apporte des vivres, de l’eau, à manger. J’ai du mal à parler d’actions politiques. Ce sont des petites actions. Tant que je n’aurai pas construit du solide comme par exemple une maison de la jeunesse avec une infirmerie, un cyber, je n’aurai pas atteint mon objectif. Ce sont de petites actions qui peuvent paraître réducteurs mais donner à manger à autrui, le soutenir, change quand même le quotidien. On ne les abandonne pas, on leur apporte des moustiquaires, des habits, on essaie de faire passer des messages de sensibilisation.

Afrik.com :Peut-on dire que ce sont toutes ces actions qui vous ont entraîné sur le terrain politique?

Malika Bongo :
Je dirai oui. Mais en réalité faire de la politique n’était pas mon premier choix. J’avais vraiment les mains chargées avec Miss Gabon et le social. C’est en discutant avec les autres que j’ai été convaincue que je pouvais apporter quelque chose dans la liste. D’ailleurs, je ne suis pas parmi les premières, j’étais 15ème sur cette liste (rire).

Afrik.com : Quelles sont vos ambitions en tant que maire adjoint de votre commune ?

Malika Bongo :
La problématique des femmes, mais aussi des jeunes me tient particulièrement à cœur. Les jeunes boivent de l’alcool de plus en plus faute de distractions. J’ai pour ambition de construire des parcs d’attraction et des centres sportifs. Je veux aussi les convaincre que nous avons un beau pays et qu’ils doivent croire en ce pays, car en France beaucoup de jeunes galèrent dans le froid parce qu’il n’y a pas de mer et d’espace. Au Gabon, nous avons tout cela à notre disposition, donc se serait dommage de ne pas l’exploiter pour notre jeunesse. La politique c’est surtout un challenge pour moi, ça marche ou ça casse. Mais je vais voir ce que cela donne. En tous cas, mon but est d’apporter ma pierre à l’édifice. Cela me permet de concrétiser plusieurs idées avec de plus gros moyens pour les mettre en forme.

Afrik.com : Comment voyez-vous votre avenir dans dix ans ? Allez-vous intensifier vos activités notamment sur la scène politique ?

Malika Bongo :
Mon objectif est de faire grandir « Défis de Femmes ». Je compte continuer à aller dans les villages, car il y a encore beaucoup à faire. Encore une fois, l’associatif me tient particulièrement à cœur. Et dans dix ans, je compte bien développer mes activités dans le domaine du social. Il faut essayer. Si on n’essaye pas, rien ne bouge. Le Gabon a une belle culture à offrir.

Afrik.com : qu’est-ce qui vous tracasse le plus dans la vie ?

Malika Bongo :
Je pense que ce qui me gêne le plus dans la vie, ce sont les préjugés, le manque et d’ouverture vers le monde. Moi je suis prête à travailler avec toutes les bonnes volontés sur le continent africain et ailleurs.

Afrik.com : Vous considérez-vous comme panafricaniste?

Malika Bongo :
Absolument ! Il est temps que notre continent soit uni et travaille main dans la main.