« Majordome », tout simplement poignant !

« Le Majordome » revisite trente ans d’histoire des Etats-Unis, à travers l’œil d’un serviteur noir de la Maison Blanche, qui endure en coulisse les injustices de la ségrégation raciale. Le réalisateur, Lee Daniels, a réussi son pari en montrant avec justesse l’évolution du personnage principal, de l’époque de la lutte des Noirs pour leurs droits civiques à l’élection du Président Barack Obama.

Il aura en tout servi sept Présidents américains. Et traversé près de 30 ans d’histoire des Etats-Unis. Tiré d’une histoire vraie, celle d’Eugène Allen, mis en lumière par le Washington Post, « Le Majordome » retrace la lutte des Noirs américains pour leurs droits civiques à travers l’histoire d’un serviteur noir de la Maison Maison Blanche : Cecil Gaines, interprété par le charismatique Forest Whitaker. Avec un casting surprenant où l’on remarque le convaincant jeu de la célèbre animatrice de talk Show Oprah Winfrey ou encore de l’artiste Lenny Kravitz.

Même s’il comporte quelques longueurs qui aurait pu être évitées, c’est un poignant hommage à tous ceux qui ont combattu de quelque façon que ce soit, que le réalisateur a rendu à travers le film. Cecil qui a fui le sud des Etats-Unis en 1926, où les violences contre les Noirs sont à leur comble, alors qu’il était encore un jeune adolescent, n’a jamais eu de répit. La chance s’ouvre à lui lorsqu’il décroche le très prisé poste de majordome à la Maison Blanche. Lui, c’est du bureau ovale qu’il vit la dure réalité de la ségrégation raciale. Dans les coulisses du pouvoir, Cecil qui a servi pas moins de sept Président : Nixon, Kennedy , Johnson, Reagan….est témoin des tractations que ces derniers effectuent pour tenter de sauver leur face dans les plus grandes tempêtes que traverse le pays de l’oncle Sam. Il est aussi témoin de l’assassinat de Kennedy, de celui de Martin Luther King, symbole de la lutte contre la ségrégation, des déchirures que cause la guerre du Vietnam dans le pays, ou encore du scandale du Watergate.

Profondes émotions

Mais c’est du plus profond de son âme que le majordome vit les crises que traversent son pays. Ses émotions sont enfouies en lui, car il lui est interdit de donner son avis. Et doit agir comme s’il n’existait pas à la Maison Blanche, étant tenu au secret. Et c’est là où le réalisateur du film, Lee Daniels, a réussi son pari en peaufinant avec justesse l’évolution de ces trente ans d’histoire, racontée de façon très épurée. Les différents changements d’époque du pays se reflètent à travers le jeu très minutieux de Forest Whitaker, qui les exprime sur son visage. Selon ce qu’il entend, ou ce qu’il voit, dans les coulisses de son travail, on comprend à travers son regard ce qu’il ressent une fois le dos tourné à ses interlocuteurs. Tristesse. Déception. Peur. Effarement. Tant d’expressions qu’il réussit d’un main de maître à faire ressentir au spectateur, poussant son talent de la métamorphose le plus loin possible.

Hommage

Lee Daniels a aussi eu la bonne idée de marquer le trait sur la relation houleuse que détient Cecil avec son fils, Louis, qui peine à accepter que son père soit au service des Blancs. Les disputes incessantes entre les deux hommes rythment le film. Louis, contrairement à son père qui tente de lutter pour l’émancipation des Noirs en travaillant dur et servant son pays, participe à toute formes de manifestations. Régulièrement arrêté, il est prêt à mourir pour la fin des injustices quotidiennes que subissent les Noirs. Mais, face à ces traces familiaux, le Majordome reste toujours digne, debout, la tête haute, incarnant tous les Noirs de son époque qui ont enduré des humiliations, tout en travaillant dur pour que leurs progénitures en récoltent les fruits.

Plus de cinquante ans après cette époque, c’est un Président noir qui est élu en 2008, à la tête des Etats-Unis Barack Obama. Et le Majordome est encore en vie pour vivre l’inespéré. Lee Daniels n’a pas manqué d’introduire cette séquence de l’histoire des Etats-Unis, jusqu’à imaginer une rencontre entre le chef d’Etat américain et Cecil, qui a vécu son élection. Celle dont Martin Luther a rêvé il y a cinquante ans, pour réconcilier les Etats-Unis avec eux-mêmes.