Madjer traîne en justice sa fédération

Deux mois après son limogeage du poste d’entraîneur sélectionneur de l’équipe nationale de football d’Algérie, Rabah Madjer a décidé de réagir. Il a saisi la FIFA et le Tribunal arbitral du sport (TAS) pour recouvrer tous ses droits vis-à-vis de la Fédération Algérienne de football (FAF).

On pourrait bien intituler l’histoire d’amour (ou de désamour) entre Rabah Madjer et le football algérien :  » Je t’aime moi non plus « . Appelé à trois reprises à la rescousse à la tête de l’équipe nationale de football, les Fennecs, il a été remercié par trois fois. En 1995, par le bureau fédéral pour incompatibilité d’humeur. Quatre ans plus tard en 1999, par le ministre de la Jeunesse et des Sports pour insubordination et il y a deux mois par le président de la FAF pour propos déplacés et injurieux à l’encontre des dirigeants de la FAF.

Afrik.com : Nous avons du mal à comprendre cette logique. On vous nomme pour faire des résultats sportifs et à chaque fois vous êtes viré pour des raisons autres que sportives. Qu’est-ce qui se passe exactement ?

Rabah Madjer : Vous faites bien de le souligner. Si moi, je sais dissocier mon métier d’entraîneur de football de mes convictions personnelles, ce n’est pas le cas de tout le monde. Je suis un homme de conviction et quand je crois à un idéal, j’y vais à fond. C’est peut-être ça qui dérange les autres. Personnellement, je suis en accord avec moi-même et les trois fois où on a fait appelle à moi pour diriger les Fennecs, je l’ai fait dans les règles de l’art. Je ne me reproche rien. C’est aux autres de faire leur mea culpa.

Afrik.com : On dit bien  » Jamais deux sans trois « , pourquoi avez-vous accepté une nouvelle fois l’offre des dirigeants sportifs algériens ?

Rabah Madjer : C’est par amour pour mon pays. J’aime l’Algérie et j’aime aussi les challenges. Souvenez-vous, quand on a fait appel à moi, il y a un an, les Fennecs étaient mal en point. Ils venaient de recevoir une déculottée en éliminatoire de la coupe du monde 2002 face à l’Egypte. Dès ma prise de fonction, j’ai rajeuni et renouvelé l’effectif à 80 %. J’ai convaincu certains joueurs professionnels évoluant à l’étranger de venir jouer avec les Fennecs. La mayonnaise commençait déjà à prendre et puis patatras ! cette histoire complètement inventée par un pigiste du journal belge, Le Soir. D’ailleurs, le journal belge m’a présenté ses excuses et a reconnu son erreur, le journaliste a été viré.

Afrik.com : Vous nous rappelez cette histoire ?

Rabah Madjer : Après le match amical Belgique-Algèrie (0-0), le journal belge Le Soir a publié une interview imaginaire de moi, puisque je ne leur ai jamais accordé un entretien. Cette interview a été repris par Le Soir d’Alger sous le titre  » Les responsables de la FAF sont des ignares « . Le président de la FAF m’a appelé, et m’a sommé de faire un démenti dans les trois jours. Estimant que j’avais pas tenu pareils propos, je n’avais pas à faire un démenti ou à me justifier devant qui que ce soit. Quelques jours après, j’ai reçu une lettre de licenciement. Je dois quand même vous dire qu’entre le président de la FAF et moi, le courant n’est jamais passé. Il attendait une petite faute, un faux pas de l’équipe, un propos malveillant de ma part pour me limoger. L’affaire du Soir de Bruxelles était l’occasion rêvée pour lui de se débarrasser de moi.

Afrik.com : Mais encore…

Rabah Madjer : Non content d’avoir porté atteinte à ma dignité en me limogeant injustement, la FAF m’a adressé une correspondance me précisant qu’elle m’accordait un mois de salaire à titre de congé et deux mois de préavis. Ce qui est contraire aux clauses de notre contrat. Je suis lié avec la FAF jusqu’en juin 2006. L’article 20 de ce contrat stipule qu’en cas de situation de résiliation, la FAF s’engage à verser la totalité des salaires mensuels pour la période restante à compter de la date de résiliation. La FAF me doit 49 mois de salaires.

Afrik.com : Comment pensez-vous recouvrer ces 49 mensualités ?

Rabah Madjer : Mon avocat est entrain de traiter le dossier afin de le déposer auprès du Tribunal arbitral du sport et à la FIFA. J’ai aussi confiance en la justice de mon pays.

Afrik.com : Vous portez plainte contre la FAF ?

Rabah Madjer : Tout à fait. Le président de la FAF m’a humilié. J’ai été blessé dans mon amour propre alors que je ne demandais qu’à faire mon travail. Imaginez-vous que j’ai même sacrifié l’éducation de mes enfants pour honorer ce contrat. Ma fille a passé la première partie de son baccalauréat en Algérie et là nous ne savons où elle doit passer la seconde partie. Je demande mon droit, pas plus.