Macky Sall préoccupe de plus en plus les Sénégalais

Il vient à peine de boucler une année de magistrature (25 mars 2012 – 25 mars 2013), et déjà les populations commencent à douter de la propension de Macky Sall à mener le Sénégal vers de meilleurs horizons. Entre des promesses non tenues, une gabegie discrète et une diversion avec l’affaire de la traque des biens mal acquis, le Sénégalais ne sait plus à quel saint se vouer. Afrik.com a fait un petit tour dans la capitale sénégalaise pour recueillir quelques avis sur la situation actuelle du Sénégal, que les populations trouvent critique. Reportage.

(De notre correspondant à Dakar)

Des promesses fondamentales non tenues

« Durant la campagne électorale en vue de la Présidentielle de 2012, nous Sénégalais avions fini par rallier massivement à la cause de Macky Sall qui nous avait promis, avec la mine franche et la fermeté qu’on lui connait, « une baisse conséquente des prix des denrées de première nécessité ». Au lendemain de son accession au pouvoir, Macky Sall avait réitéré son engament à garnir le panier de la ménagère. Sauf que son langage a changé », confie Marème, vendeuse de poisson au marché Tilène. Elle poursuit en précisant que c’est sur la base de ces promesses qu’elle a voté pour Macky Sall, au premier tour (26 février 2012) comme au second tour (25 mars 2012). « Si j’ai tenu à ce que Wade soit chassé du pouvoir, c’est non seulement parce qu’il se dédisait beaucoup et se souciait peu du panier de la ménagère. Et je sais que je ne suis pas la seule à avoir agi ainsi. Maintenant, voilà que Macky Sall, en qui nous fondions beaucoup d’espoir, suit les traces de Wade. Surtout que pour lui c’est prématuré. A la place d’une baisse des denrées, nous voilà devoir faire face à une hausse des prix. C’est insupportable. Macky Sall n’est pas l’homme de la situation », clame-t-elle tout en précisant que le meilleur président pour les Sénégalais est celui qui saura répondre à la demande sociale.

Les immenses moyens de l’épouse de Macky Sall dénoncés

La mise sur pied de Fondations est le propre des premières dames sénégalaises. L’épouse d’Abdou Diouf avait mis sur pied la Fondation Elisabeth Diouf qui portait son nom. Celle d’Abdoulaye Wade avait mis sur les fonts baptismaux la Fondation Solidarité-Partage et celle de Macky Sall a lancé Servir le Sénégal. Sauf que les moyens de sa fondation inquiètent plus d’un. « Tout Sénégalais normal doit se poser bien des questions quant à l’origine des moyens dont dispose Marième Faye (épouse de Macky Sall). Quelques semaines seulement après l’accession de son mari au pouvoir, voilà qu’elle met en place une fondation qui a trop de moyens. C’est bien beau que Marième Faye distribue des vivres aux populations, mais nous voulons savoir l’origine de ce qu’elle donne à tort et à travers. Les membres de sa fondation circulent dans des véhicules de luxe, ils ont des pick-up de dernière génération. Alors qu’il y a des priorités. Elle ne peut pas nourrir tout le Sénégal avec ses dons de biscuits et autres denrées. Ce qu’on lui demande, c’est de dire à son mari de concrétiser la gouvernance sobre et vertueuse qu’il prône tout le temps », confie Oumou Sy, étudiante.

Non sens des véhicules 4×4 octroyés aux députés

Bientôt trois mois que les députés du peuple sénégalais roulent chacun dans une rutilante voiture 4X4 de marque Toyota, type Fortuner. Les toutes dernières de la firme japonaise. Des voitures que certains élus avaient critiqué pour la bonne et simple raison que « les fauteuils n’étaient pas en cuir ». Une acquisition que les Sénégalais n’ont pas validé parce que disent-ils, « l’heure n’est pas à l’achat de véhicules». Avis partagé par Soulymane, peintre de son état. « Comment peut-on comprendre que le Gouvernement nous dise que le régime de Wade a pillé le pays, que les caisses de l’Etat sont vides, que la situation économique du pays est catastrophique entre autres complaintes et accusations…au point de créer une sorte de psychose. Voilà que le régime de Macky (Sall) trouve à doter chaque parlementaire d’un véhicule de luxe. Alors que nous savons tous que l’heure n’est pas à l’achat de véhicule. Si, bien entendu, ce qu’ils ont dit sur la situation du pays est vrai. Et j’en doute quand-même. Macky aurait pu dire aux députés de voir dans le parc automobile existant, quels véhicules est-ce qu’ils pourraient utiliser le temps qu’on règle les priorités. Leur faire comprendre qu’acheter des véhicules, n’est pas prioritaire dans le Sénégal d’aujourd’hui. Les députés qui le voudront devraient sortir de leur propre poche pour se payer le véhicule de luxe qu’il veut. Hélas ! Je ne vois pas la rupture dont parle Macky Sall. Il devrait plutôt parler d’exagération, car les véhicules qu’il a octroyés aux députés coûtent deux ou trois fois plus cher que ceux que Wade avait fait livrer aux députés de l’époque », se désole le peintre rencontré à Fass (quartier de Dakar).

Ignorance totale de la leçon « Wade »

« On dirait que Macky Sall n’a pas tiré les leçons de la destitution d’Abdoulaye Wade. Aujourd’hui, il passe tout son temps à distribuer de l’argent à gauche et à droite. Tout ça, Wade le faisait mieux que lui. Il ne pense qu’à la politique. On parle de massifier le parti, gérer les militants, préparer les locales… La même chanson que Wade. Aujourd’hui où est-il ce Wade en question ? Bouté hors du pays. On n’en veut plus. Et Macky Sall est sur les traces de Wade. Il oublie la demande sociale. Il n’en parle même plus. Même lors de son dernier discours à la nation (le 3 avril dernier, à la veille de la fête de l’indépendance, ndlr), il a fait exprès de zapper la question de la baisse des denrées. Alors qu’il avait fait la promesse au peuple et à plusieurs reprises même. Ce que Macky Sall ignore, c’est qu’il s’enfonce davantage », s’exclame Macoumba Dia, chauffeur de taxi. Il poursuit en ces termes : « on a beau critiquer Idrissa Seck, mais ses sorties ont beaucoup de sens. D’ailleurs, je trouve que Macky Sall a la chance d’avoir quelqu’un qui lui rappelle ses promesses. Le pays va mal comme l’a dit Idy (Idrissa Seck). Celui qui ose dire le contraire raconte des contrevérités. Comment est-ce que le pays peut-il mieux aller si le Sénégalais lambda vit la même chose ou même pire que ce que Wade avait laissé en 2012 ? Aucun prix n’a baissé. Ni le carburant, encore moins les denrées de première nécessité. Il faut être malhonnête pour ne pas reconnaître que le Sénégal va très mal. Le quotidien des Sénégalais s’est empiré. Et j’en sais quelque chose en tant que taximan. Si c’était à refaire, je ne voterais pas pour Macky Sall ».