Ma mémoire est un scénariste qui travaille

Invité au 56ème Festival de Cannes, le Marocain Faouzi Bensaidi est venu présenté son film,  » Mille mois « , à Un certain regard. Inquiet de l’accueil qui allait être réservé à son long métrage, il est rassuré par les premières critiques et récolte déjà les premiers lauriers du succès. Interview.

Faouzi Bensaidi est l’invité de la Croisette. Il y présente son film, Mille mois, à Un Certain Regard. Deuxième réalisateur marocain présent avec Narjiss Nejjar (Les Yeux Secs), à cette 56 édition du Festival de Cannes, il angoissait, bien à tort, quant à l’accueil de la critique. Acteur de formation (on l’a vu dans  » Loin  » d’André Téchiné en 1999, dont il fut également scénariste), il s’est vite lancé dans la réalisation de courts métrages, tout de suite remarqués :  » Le mur  » en 2000 et  » La falaise  » en 1998 (qui mettait déjà en scène des enfants et a reçu 23 prix dans les festivals du monde entier).

Afrik : Comment avez-vous appris votre sélection à Un Certain Regard ?

Faouzi Bensaidi : J’étais en voiture, mon portable a sonné, et c’était mon producteur. J’ai du m’arrêter, à la fois parce que c’est dangereux (rires) et parce que j’étais vraiment gagné par l’émotion. C’est le genre de nouvelle à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Quand on commence à réaliser un film, on voudrait seulement pouvoir le terminer sans encombre, on a tellement de problèmes à régler chaque jour. L’annonce de la sélection a été une vraie surprise.

Afrik : Comment votre film a-t-il été reçu ?

Faouzi Bensaidi : Très bien. J’avais peur des problèmes techniques (avant on a vraiment peur de tout !) et tout s’est très bien passé. C’était aussi la première fois que l’équipe voyait le film. Le simple fait qu’ils aient pu se déplacer était déjà une excellente nouvelle, et leur réaction était très émouvante. Ici le public est difficile, les journalistes voient quatre films par jour. Or mon film prend son temps, ce n’est pas forcément un film facile pour Cannes. Je n’ai rien lu encore dans la presse française, mais les échos de la presse internationale sont bons. Et au moins il y a des réactions ! Un des grands intérêts de Cannes, c’est de pouvoir avoir les avis d’autres spectateurs : c’est le seul lieu où l’on peut avoir autant de regards de la presse internationale.

Afrik : Vous étiez pourtant déjà venu à Cannes (pour  » Le Mur « , court métrage présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2000, et primé par Gras et Savoye) ?

Faouzi Bensaidi : Bien sûr, mais avec un long métrage, on passe vraiment dans une autre dimension : par exemple en trois jours,  » Mille mois  » a été vendu pour une distribution sur quatre territoires (l’Italie, la Belgique, le Canada, la Suisse).On passe à la vitesse supérieure.

Afrik : La production du film a-t-elle été difficile ?

Faouzi Bensaidi : Oui dans le sens où c’est un film ambitieux. Avec mon producteur (Gloria Films, ndlr), on ne voulait pas descendre en dessous d’un certain seuil financier. Le financement a donc été long, il y a trois pays impliqués (la France, la Belgique et le Maroc), et un distributeur (MK2) ce qui est important. Le tournage s’est très bien passé, même si  » Mille mois  » se déroule en pleine période de sécheresse, et que pendant le tournage nous avons essuyé les plus gros orages que la région ait connu depuis des années !

Afrik : Pourriez vous revenir un instant sur la première scène du film, où l’on voit les villageois sur une colline, regardant le ciel, attendant tous quelque chose ? C’est une belle scène, mais mystérieuse.

Faouzi Bensaidi : Ils attendent tous l’apparition du premier croissant de lune, qui annonce le début du Ramadan, la première nuit. C’est une tradition, qui existe encore aujourd’hui, y compris dans les villes. C’est le sens du titre ( » la nuit sacrée vaut plus que mille mois « ), mais surtout cette première séquence annonce le style du film : on ne sait pas ce que les villageois attendent, il y a une série de champs et de contrechamps. C’est au spectateur de broder, d’être présent, créatif, inventif… ce n’est pas un film  » repas complet  » mais plutôt un buffet où l’on grignote ce que l’on veut !

Afrik : Votre film est-il autobiographique ?

Faouzi Bensaidi : Pas totalement, il y a là des débuts d’histoires, des sentiments personnels, des émotions, qui prennent peu à peu le chemin de la fiction. Ma mémoire est un scénariste qui travaille. Les impressions, les chocs, deviennent des histoires.

Afrik : Quels sont vos projets ?

Faouzi Bensaidi : Je suis en train d’écrire une histoire qui se passe dans le Maroc actuel, et dans laquelle il n’y a pas d’enfant (du moins en personnage principal). Mais pour l’instant je vais profiter enfin de Cannes pour voir des amis et des films !

Propos recueillis par Valérie Ganne

Faouzi Bensaidi, Mille mois, présenté à Un Certain Regard.