LS d’Afrodiziac en solo avec « Différent »

LS , vous remettez ? Mais si LS d’Afrodiziac, pionnier avec son cousin Shuga du (bon) R’n B français, en 1998. L’artiste d’origine congolaise et gabonaise revient en force avec une actualité de rentrée extrêmement riche. Avec une mixtape en guise d’apéritif pendant l’été, il rompt le silence après sept ans d’absence avec un premier album solo, Différent. Il est par ailleurs annoncé comme la tête d’affiche de la prochaine compilation zouk Kimberlite. Interview.

LS, pour Le Smooth (« Le doux en anglais »). Les amateurs de R’n B connaissent déjà assurément ce nom pour avoir savouré, fin 90, les vibes d’Afrodiziac, un des tous premiers groupes français du genre et des plus intraitables au niveau de la qualité de la production. Sept ans après, LS revient sur le devant de la scène avec Différent, un premier album solo où l’on recensera avec « J’aime ça », « Dans ma banlieue », « Seul » ou encore « Tu me piétines » au moins quatre tubes en puissance. Mais ce n’est pas tout, puisque l’artiste gabono-congolais sera à l’honneur dans la compilation Kimberlite zouk, un registre où on ne l’attendait pas vraiment.

Afrik.com : Cela ne vous dérange pas qu’on dise toujours de vous « LS d’Afrodiziac » ?

LS :
Ça ne me dérange absolument pas qu’on me parle d’Afrodiziac, parce que c’est mon groupe d’avant, de maintenant et d’après. J’ai débuté ma carrière avec ce groupe, je me suis construit avec lui, c’est ma famille…

Afrik.com : Quand a débuté exactement l’aventure d’Afrodiziac ?

LS :
Afrodiziac est une aventure qui a démarré officieusement, avec mon cousin Shuga, au début des années 90 (1992-1993). Mais le groupe n’est devenu vraiment officiel qu’en 1997-1998 quand on a signé avec Sony et que nous avons sorti « Trouve moi un job » en 1998.

Afrik.com : Vous étiez, à l’époque, les pionniers du R’n B français. Cette position n’était-elle pas difficile à tenir ?

LS :
Oui et non. On était contents dans le sens où on savait qu’on arrivait avec quelque chose de nouveau, de frais. Mais d’un autre côté on savait que cela n’allait pas être facile, parce que la France n’est pas un pays vraiment ouvert à la nouveauté. A l’époque les radios étaient assez frileuses, voir hermétiques, mais les choses ont changé parce qu’elles se sont aperçues que le R’n B était une musique exactement comme le hip-hop. Aujourd’hui, ils acceptent certes de jouer le jeu mais avec des artistes ou des groupes qui ne sont pas spécialement représentatifs du courant, mais qui rapportent. Ces derniers constituent dans une certaine mesure un obstacle à l’ouverture du R’n B.

Afrik.com : Que me répondez-vous si je vous dis Willy Denzey, Tragedie, K-maro et Matt Kopora (symboles, pour beaucoup, d’un R’n B commercial) ?

LS :
Ce sont tous des artistes du R’n B. Ils font leur travail et ils en vivent. C’est donc qu’ils ont réussi quelque part et qu’ils ont un certain talent, mais je ne les écoute pas parce que ce qu’ils font ne m’intéresse pas spécialement. Le seul qui, à mon sens, sort vraiment du lot est Willy Denzey, c’est d’ailleurs le seul dont j’ai l’album à la maison.

Afrik.com : A l’époque où tout le monde rappait, fin 90, pourquoi avez-vous décidé de faire du R’n B ?

LS :
Le R’n B m’est venu naturellement, mais j’ai commencé par le rap. J’écoutais toutes sortes de musiques pendant mon adolescence, mais j’affectionnais plus particulièrement le hip-hop. Le hip-hop « old school » (vieille école, ndlr) où il y avait un contenu et qui correspondait à toute une philosophie et un art de vivre. A l’époque, donc, je rappais. J’ai fait la transition entre 17 et 18 ans parce que j’avais écouté pas mal de choses nouvelles, New Jack etc…. et ça me plaisait bien. Et puis j’ai vu que j’avais certaines capacités vocales. Finalement le chant a pris le dessus un peu naturellement sur le rap. Mais il m’est resté tout le côté « flow », la rythmique avec les mots.

Afrik.com : Votre album solo est né d’un véritable besoin ou d’une opportunité ?

LS :
Le projet solo a tout d’abord été une sorte d’opportunité. Je possédais déjà quelques morceaux que j’avais faits à la maison. Comme je compose beaucoup, j’avais un petit stock. A cette époque on était dans une sorte de méandre avec la maison de disque, on ne savait pas trop comment on allait faire pour sortir un deuxième album. Ensuite, j’avais besoin de me retrouver et ma façon à moi de le faire a été de me consacrer à la musique. C’est à ce moment que m’est venue l’idée de faire un album solo. Je suis donc allé voir mon cousin pour lui faire part de ma décision. Cela ne signifie pas la fin du groupe pour autant. Afrodisiac n’est pas mort, il est bien vivant. On a l’intention de refaire un album bientôt, mais pas tout de suite.

Afrik.com : Vous avez sorti une mixtape, LS street tape, en catimini cet été. Pourquoi l’avoir fait de manière aussi confidentielle ?

LS :
La sortie de l’album Différent était prévue en mai-juin, avant les vacances. Mais pour faire une sortie d’album « en grandes pompes », on a préféré qu’il sorte à la rentrée, donc fin septembre. J’avais vraiment envie de faire quelque chose pour mon public qui attendait mon album. Alors j’ai décidé de faire cette mixtape. Je l’ai faite en quelques semaines. Presque tout le travail a été fait à la maison. Une fois terminée, j’ai voulu tenter l’aventure « indépendant », je l’ai faite mixer par un DJ, j’ai fait faire les pochettes et les ai apportées à la Fnac (principale enseigne culturelle française, ndlr). L’album s’est surtout fait connaître grâce à Internet et au bouche-à-oreille. Comme je n’avais que quelques exemplaires, je n’avais pas besoin de faire une grande promotion. C’était quelque chose de pas cher, environ 9€, prévu juste pour l’été.

Afrik.com : Vous serez également l’artiste phare de la prochaine compilation Kimberlite. N’avez-vous pas peur que cela parasite la sortie de votre propre album ?

LS :
Non parce que Kimberlite est une production zouk. Ça n’a rien à voir avec mon album, ça fait partie d’un autre circuit. Patrice Anoh, le producteur, m’avait déjà fait la proposition pour le n°1 et j’avais refusé. J’ai accepté cette fois-ci parce que même si je reste concentré sur mon projet, je n’ai pas envie de passer à côté de certaines choses. Et puis Patrice et moi travaillons ensemble depuis des années et généralement, le résultat n’est pas mauvais. C’était aussi l’une des raisons qui a motivé ma décision.

Afrik.com : N’est-il pas dure d’évoluer dans un registre zouk qui n’est pas le vôtre ?

LS :
Faire du zouk n’a pas été difficile pour moi parce que j’aime bien faire différentes choses. Pour moi la musique c’est s’épanouir à travers d’autres musiques. Poser sur du zouk reste naturel pour moi, je viens juste avec ma touche.

Afrik.com : Vous êtres d’origine congolaise et gabonaise. Quels liens gardez-vous avec le continent ?

LS :
. Je suis fier de mes origines, de mes racines africaines, même si je suis un peu le « paria » de ma famille car je suis le seul qui ne suis pas retourné au pays depuis des années. Il faut dire tout de même que j’ai été un peu bloqué avec la musique.

Afrik.com : Un mot sur les nombreux invités qu’il y a sur votre album ?

LS :
Il y a mon cousin d’Afrodiziac avec qui j’ai fait un morceau, Weedy (Expression Direkt, ndlr) et Denz’l, les gens de ma banlieue (78, les Yvelines, banlieue ouest de Paris) avec qui j’ai des affinités musicales, Menzo de la Fonky Family (FF, groupe de rap marseillais, ndlr). Enfin, j’ai aussi un featuring avec Liberty King que j’ai rencontré aux Antilles lors une tournée.

Afrik.com : Que vous souhaiteriez-vous pour votre carrière ?

LS :
Que les gens me suivent dans mes projets. Je suis quelqu’un d’assez ouvert, j’aimerais m’orienter vers d’autres genres musicaux, faire par exemple un album électro, blues, zouk … Je ne veux pas rester cantonné dans un genre musical spécifique, j’ai envie de me diversifier. Mais mon fil conducteur reste ma voix, mon style, mon personnage et ma façon d’écrire. Je ne suis pas contre l’idée de faire des chansons qui mélangent différents genres musicaux. Ce qui est difficile, c’est de trouver la bonne idée. Mais je ne cherche pas à inventer un nouveau style, il y en a peut-être qui sont dans cette quête mais ce n’est pas mon cas. Je cherche surtout à faire de la bonne musique avec tous les ingrédients que j’ai autour de moi.

Afrik.com : Des dates de prévues pour des concerts ?

LS :
Je commence une tournée en octobre. Je ne vais peut-être pas commencer par Paris parce que j’ai eu des dates dans d’autres villes. La scène est très importante pour moi. Je préfère même la scène au studio. Je travaille souvent en studio pour l’autonomie, je peux tout faire chez moi, mais je n’aime pas trop resté enfermé dans une salle en train de chanter seul devant un micro. Je vais faire beaucoup de scènes. Je tourne avec des musiciens, un DJ. J’adorerais faire un album live.

 LS,Différent,Prod. More Underground, distrib. Sony BMG, 2005

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