Lobbying : l’Afrique, patrie lointaine et incomprise

13 % d’Américains peuvent dire qu’ils ont  » tous quelque chose en eux  » de l’Afrique. Leur lobbying influe à coup sûr sur l’attitude américaine vis-à-vis du continent. Mais chez ces militants, les bons sentiments côtoient parfois le malentendu.

Les relations entre les USA et le continent noir ont souffert tant de l’indifférence de ceux qui considèrent, outre-atlantique, l’Afrique comme une zone où l’influence américaine n’ a pas à s’exercer, que d’une conception  » américano-centriste  » propres aux courants africanistes. Ceux-là précisément qui ont parfois confondu la cause des noirs américains avec celle d’un continent, quand bien même cherchaient-ils – sans doute à juste titre – à pousser la question raciale hors des sentiers battus de la politique intérieure américaine.

Première partie de notre série consacrée à l’Afrique et l’Amérique à paraître tous les vendredis.

 » La plupart des Américains ne savent rien de l’Afrique, en-dehors de Tarzan, de Jane et des guerres.  » Ainsi parle Leonard Robinson, un ancien haut fonctionnaire du département d’Etat * au temps des administrations Reagan puis Bush, fin connaisseur du continent noir et organisateur, cette année, du Sommet national sur l’Afrique à Washington. Vrai ou faux ? En tous cas, les choses changent, sous l’influence de plus en plus énergique des lobbys pro-africains actifs aux Etats-Unis.

Ces lobbys ne réunissent pas que des Noirs (les Afro-américains selon la terminologie  » politically correct « ). On compte notamment dans les rangs du principal d’entre eux, le Michigan Summit, nombre d’étudiants et d’enseignants blancs, d’anciens militants anti-Apartheid, des bénévoles d’associations de développement, ou encore des communautés religieuses. Mais les 13 % d’habitants noirs des Etats-Unis – chiffre incluant les quatre millions d’immigrés africains – sont, à coup sûr, les promoteurs principaux des campagnes visant à resserrer les liens entre l’Amérique et l’Afrique.

Les noirs américains comprennent-ils l’Afrique ?

L’attachement en quelque sorte patrimonial des Afro-américains envers l’Afrique a fait l’objet d’une prise de conscience progressive. Depuis l’épopée des Black Muslims (les  » musulmans noirs « ) née dans les années 60, et jusqu’à la figure des premiers Noirs  » rich and famous  » des années 80 et suivantes, cette conscience a toujours oscillé entre le mythe des origines et le poids des préjugés. Le  » peuple noir américain  » aime l’Afrique, mais parvient-il à la comprendre ? Car les Afro-américains sont d’abord, et qu’ils le veuillent ou non, fortement imprégnés des valeurs de civilisation des Etats-Unis. Il y a certes une corrélation entre, d’une part, le dégrisement des Noirs face au rêve d’un prétendu melting-pot et, d’autre part, leur intérêt nouveau pour la  » Terre des ancêtres du peuple noir « .

Mais W.D. Muhammad, l’un des leaders actuels de l’Islam afro-américain, inscrit la pratique religieuse dans une perspective de développement de l’entreprise économique semblable au calvinisme des colons blancs du XVIème siècle. Quant à Patricia Dixon, professeur d’études afro-américaines à l’université de l’Etat de Géorgie, elle expliquait récemment comment les Noirs américains  » ont été conditionnés pour avoir honte de l’Afrique et ne pas l’aimer. Il est rare « , disait-elle,  » que les médias américains montrent des Africains habillés par des grandes marques et se servant de téléphones portables « .

Bref, les Afro-américains voient rarement les Noirs tels qu’ils pensent que toute personne de qualité doit être : travailleuse, aisée et grande consommatrice. Mais malgré ces contradictions, l’engagement pro-africain progresse indéniablement, soutenu par l’engouement des Américains pour l’humanitaire notamment et l’ouverture, assez nouvelle, de beaucoup d’entre eux vers les autres continents.

* ministère des Affaires étrangères

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