Linux et Cie chez les Ivoiriens

A l’instar de la planète, les pays africains prennent peu à peu conscience des enjeux liés à l’appropriation des logiciels libres. Zoom sur l’expérience ivoirienne avec Didier Kla, président de l’Association Ivoirienne pour Linux et les Logiciels Libres (AI3L).

l’Association Ivoirienne pour Linux et les Logiciels Libres (AI3L) est la pionnière dans le domaine en Afrique. Elle promeut l’utilisation des logiciels libres en Côte d’Ivoire. Que dire de leur vulgarisation en Terre d’Eburnie ? Le point avec son Président Didier Kla.

Afrik.com : Quel est le rôle de votre association ?

Didier Kla : L’Association Ivoirienne pour Linux et les Logiciels Libres (AI3L)
existe depuis 4 ans. Elle a été créée en 1999, à la suite d’un séminaire de formation à Linux, initié par l’Institut francophone des nouvelles technologies de l’information et de la formation (Intif) destiné aux administrateurs réseaux et systèmes. Notre association vise à la promotion de Linux et des logiciels libres. Le niveau d’utilisation de ces derniers a beaucoup évolué, en Côte d’Ivoire, grâce au travail d’information et à la formation que nous avons effectués. L’AI3L compte entre 600 et 700 membres et certains des utilisateurs de logiciels libres ne sont pas nécessairement membres de l’association.

Afrik.com : L’utilisation des logiciels libres fait donc des émules en Côte d’Ivoire ?

Didier Kla : Absolument ! Nous avons été récemment contactés par le ministère ivoirien de l’Enseignement supérieur qui souhaite mettre sous logiciel libre l’Intranet de toutes les universités. Il est même question de former les enseignants à l’utilisation de ces logiciels. Afin de s’informer sur les enjeux de ces derniers, le parlement ivoirien nous a également invité. Un colloque international sur le logiciel libre se tiendra à Abidjan du 14 au 20 novembre prochains et rassemblera des experts africains et européens. Il a déjà reçu le soutien de la Francophonie et de la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA).

Afrik.com : Quels sont les enjeux liés à l’utilisation des logiciels libres ?

Didier Kla : Les pays africains disposent de nombreuses ressources intellectuelles et il faut les exploiter grâce notamment aux logiciels libres. Des logiciels qui peuvent être améliorés et personnalisés contrairement aux logiciels dit « propriétaires». Les logiciels libres sont un moyen de réduire à moindre coût la fracture numérique. C’est une véritable opportunité pour l’Afrique, qui ne dispose pas de grands moyens, d’accéder à l’ère du numérique. De plus, au-delà du facteur coût, ce sont des logiciels qui ont prouvé leur fiabilité et leur robustesse. Pour ce qui est de la Côte d’Ivoire, elle dispose d’un important tissu économique et de grandes écoles. Il est temps pour elle d’utiliser ces compétences et de réinvestir les fonds précédemment alloués à l’informatique (à l’achat des autres logiciels) à des secteurs prioritaires comme la santé ou encore l’éducation. Ce sera également un bon moyen de lutter contre le chômage et d’éviter que nos ingénieurs s’expatrient.

Afrik.com : Quelles actions menez-vous pour sensibiliser le grand public ?

Didier Kla : Nous organisons régulièrement des séminaires et des ateliers de formation, trois déjà pour cette année. Mais aussi des manifestations publiques comme Linux Expo, en mars 2002, qui a rassemblé près d’un millier de participants.

Afrik.com : Comment se positionne la Côte d’Ivoire par rapport au reste du continent quant à l’utilisation des logiciels libres ?

Didier Kla : Notre association est très dynamique et c’est la première association africaine du type à avoir vu le jour. Nous partageons notre expérience avec nos consœurs de la sous-région par le biais des lignes Linux. Un réseau Linux Afrique existe et depuis mai dernier, l’Association africaine des Utilisateurs de Logiciels libres (AUL) a par ailleurs été mise en place à Addis-Abeba, en Ethiopie. Elle regroupe près d’une vingtaine de pays. Entre autres, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Togo, le Mali, le Burkina Faso, le Maroc, la Tunisie. C’est cette superstructure qui va coordonner les activités des différentes associations à l’échelle du continent. Pierre Ouedraogo, responsable de projets à l’Intif, qui nous soutient depuis toujours, est l’un des coordinateurs de l’AUL. Si elle regroupe encore dans sa grande majorité des pays francophones, nous attirons peu à peu les anglophones.