Libye : la présence de jihadistes et le trafic d’armes fragilisent la sécurité

Dix-huit mois après la fin du conflit, la Libye peine toujours à résoudre le problème de l’insécurité. Une insécurité de plus en plus menaçante en raison de la présence de jihadistes et de l’importance du trafic d’armes.

La Libye reste une réelle menace pour la stabilité de la sous-région. Ce mardi, l’ambassade de France à Tripoli, dans la capitale libyenne, a été visée par un attentat à la voiture piégée. Le bilan a fait deux blessés parmi les gendarmes français.

Un attentat qui aurait pu tourner en un véritable drame. Jusque-là, toujours pas de revendication. Les autorités libyennes et l’Organisation des Nations unies condamnent l’acte. Le ministre libyen de l’Intérieur, Achour Chwayel, affirme que le dispositif a été renforcé autour des établissements et intérêts français. La France demande aux terroristes de rendre des comptes.

« Les jihadistes y sont chez eux »

Un autre danger majeur guette le pays. Dix-huit mois après la fin du conflit, l’islamisme radical gagne du terrain. On se pose la question : d’où viennent les jihadistes ? L’invasion française au Nord-Mali a en effet permis d’expulser les terroristes hors du territoire malien.

Des terroristes expulsés, mais qui cherchent à étendre leur jihad sous une autre forme. Après avoir essuyé une défaite mémorable face à l’armée française, les jihadistes d’Aqmi prennent fuite vers la Libye.

L’incapacité des autorités libyennes, à faire régner l’ordre dans certaines régions, notamment celle du sud, a largement permis aux jihadistes fuyant le Mali de trouver refuge dans cette partie du pays.
« Ces régions échappent au contrôle du pouvoir central, les trafics d’armes y sont permanents, les jihadistes y sont chez eux », note Mireille Duteil, journaliste au Point.fr. « C’est un terrain de repli pour les combattants d’Aqmi rentrés du Mali. Ils ont manifestement tissé de nouveau des liens avec les jihadistes libyens », ajoute-t-elle.

Les armes circulent dans plus de 12 pays africains

Autre problème important : le trafic d’armes. La rapide circulation des armes à Tripoli inquiète les autorités libyennes. Un rapport de l’ONU sur les trafics d’armes en Libye mené par un groupe d’experts pointe
« le rythme alarmant » de la prolifération des armes libyennes dans plus de 12 pays. Le rapport souligne la présence à la fois d’armes légères et lourdes, mais aussi de mines et de systèmes de défense anti-aériens.

Un rapport au vitriol qui avait profondément dérangé les autorités libyennes. Le colonel Ali Chikhi, porte-parole de l’armée libyenne, qualifiait d’ « exagérées » les craintes du groupe d’experts du Conseil de sécurité. Aujourd’hui, à Tripoli, il est possible de trouver plus de sept à huit types de Kalachnikovs.

Les trois mille kilomètres de frontière en plein Sahara facilitent à la fois l’infiltration des islamistes en Libye, mais aussi la circulation massive des armes. Une circulation des armes qui fait de nombreuses victimes.

« Les victimes se multiplient »

En début d’avril, un ancien collaborateur de Mouammar Kadhafi a été abattu par des hommes armés alors qu’il conduisait sa voiture. Le 5 avril dernier, des individus armés prennent d’assaut l’hôpital Al-Hawadith, situé dans le quartier Abou Salim, au sud de Tripoli. Deux personnes ont été assassinées.

Une situation de plus en plus embarrassante pour les autorités du pays. Ali Zeidan, Premier ministre libyen, reconnaît le 8 avril dernier que la sécurité du pays était très faible. Une déclaration qui intervient suite à l’enlèvement de son chef de cabinet, Mohamed Ali Ghatouss, par quatre véhicules dont l’identité reste encore indéterminée.

Au moment où les enquêtes se poursuivent pour déterminer les responsables des attentats de l’ambassade de France à Tripoli, le président libyen par intérim, Mohamed Al-Megaryef, concède qu’il y a eu des failles. Des failles qui témoignent de l’incapacité des autorités libyennes à résoudre la question de l’insécurité.