Liberia : la famille, première source de discrimination liée au sida

La forme de discrimination la plus répandue à l’encontre des personnes vivant avec le VIH au Liberia est le rejet par les membres de leur propre famille. Une réalité dénoncée par la principale association de personnes vivant avec le VIH dans le pays.

«La discrimination de la famille contre ceux qui sont porteurs du virus est celle qui est la plus courante, juste avant d’autres pratiques discriminatoires comme l’isolation des personnes séropositives par le voisinage, dans les bars et les restaurants», a dit Jackline Toe, présidente de la Light association, qui regroupe plusieurs organisations de personnes vivant avec le virus.

Mme Toe a estimé que cette discrimination familiale était «à la tête de la liste des pratiques discriminatoires» et qu’elle était vécue quotidiennement par près de la moitié des 300 membres que compte l’association dans tout le pays.

«Nous avons un cas qui [remonte à] à peine trois jours : la maisonnette toute neuve de l’une de nos membres, construite sur un terrain appartenant à sa famille, a été démolie par ses proches simplement parce qu’elle leur avait révélé son statut sérologique», a raconté Mme Toe. «Elle est venue nous voir en pleurant, expliquant que ses proches n’étaient pas contents d’elle et disaient qu’elle allait ‘infester’ les autres membres de la famille.»

Une situation d’autant plus regrettable que les personnes vivant avec le VIH «ont besoin de toutes les formes [d’attention], pourtant nos membres nous rapportent quotidiennement des cas où la famille les a abandonnés», a-t-elle déploré, ajoutant qu’en revanche, un seul cas de discrimination sur le lieu de travail lui avait été rapporté.

L’ignorance, première responsable de la situation

Slewion Jacobs, un activiste communautaire de la lutte contre le sida, a estimé que le manque de connaissances sur les moyens de transmission du virus était le premier responsable de la discrimination contre les personnes vivant avec le VIH dans ce pays marqué par 14 ans de guerre civile.

«Beaucoup de gens au Liberia pensent qu’on peut contracter le virus simplement en touchant une personne infectée», a-t-il rappelé. «C’est grave et c’est à cause de ce manque de connaissances qu’on trouve des familles qui fuient leurs parents séropositifs.»

En mai 2006, des centaines de Libériens séropositifs ont «bravé la tempête» en révélant publiquement leur statut sérologique, pour les besoins d’une campagne nationale de sensibilisation sur l’épidémie destinée à réduire la stigmatisation dont souffrent les personnes infectées par le virus, dans ce pays où le taux de prévalence du VIH est estimé à environ huit pour cent.

Cette campagne, qui est toujours en cours, consiste à sensibiliser les populations et à les informer sur les moyens de prévenir l’infection au VIH à travers des réunions publiques et des programmes radio. Elle a été menée dans les huit comtés les plus peuplés du pays.

Photo: IRIN