Liban : la presse maghrébine et ouest-africaine remontée contre Israël

La presse maghrébine et ouest-africaine est remontée contre Israël, qui mène depuis six jours des bombardements meurtriers sur le Liban. Ceux-ci se sont poursuivis ce lundi, tuant au moins 25 personnes, alors que les Etats-Unis bloqueraient toute demande de cessez-le-feu au Conseil des Nations Unies et au sein du G8. Le Maroc et le Nigeria ont commencé à évacuer leurs nationaux.

Près de 150 personnes, en majorité des civils, ont été tuées ce week-end lors de raids aériens et de bombardements navals israéliens sur le Liban. Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, a déclaré la guerre à l’état hébreu, l’Iran a menacé Israël de « pertes inimaginables » si la Syrie était touchée et Damas a fait de même. Face à cette triade belliqueuse, le Maroc et le Nigeria ont chacun rapatrié une centaine de leurs ressortissants du pays du cèdre. Ni les dirigeants du G8, réunis en sommet à Saint-Pétersbourg, ni le Conseil de sécurité de l’Onu n’ont appelé au cessez-le-feu. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne auraient bloqué toute déclaration du conseil onusien en ce sens alors que les dirigeants des puissances de la planète ont quitté le Golfe de Finlande en appelant à « réunir les conditions d’un cessez-le-feu ».

Un compromis entre les Etats-Unis, qui revendiquent le droit pour Israël de « se défendre », et les autres, qui dénonçaient le caractère « disproportionné » de la réaction israélienne, suite à l’enlèvement de deux de ses soldats. Il laisse quelques jours à Tel-Aviv pour finir son travail. De quoi remonter une presse africaine traditionnellement pro palestinienne dans le conflit au Proche-Orient.

« Les chefs de l’Etat hébreu devant une juridiction pénale internationale »

Les autorités sénégalaises ne se sont pas préoccupées de considérations diplomatiques, contrairement aux membres du G8 et du conseil de sécurité de l’Onu. Le gouvernement sénégalais « met devant leurs responsabilités » la communauté internationale, le quartet et le Conseil de sécurité des Nations Unies et « condamne avec fermeté les opérations militaires de grande envergure lancées par le gouvernement israélien contre les Etats voisins », déclare le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué envoyé dimanche à l’APS.

Si Le Soleil se contente, ce lundi, de dépêches d’agence pour faire le point sur le cinquième jour de bombardements au Liban, Le Quotidien crie sa colère et demande « qui arrêtera Israël ? Qui osera se lever et dire haut et fort que les soldats de Tsahal sont en train de commettre, à Gaza et au Liban, suffisamment de crimes pour que les chefs politiques et militaires de l’Etat hébreu passent devant une juridiction pénale internationale, ainsi que la Belgique l’a tenté contre Ariel Sharon ? (…) Finalement, regrette le journal, cette compétence universelle si ambitieuse à l’origine a réduit ses cibles aux menu-fretins africains. La loi de la force est passée par là. Pour ‘libérer’ le soldat franco-israélien Gilad Shalit et deux autres militaires ‘enlevés’ en plein territoire libanais, tout ce que l’Etat d’Israël compte de capacités destructrices est largué sur la bande de Gaza d’abord, sur le Liban ensuite. »

Le Burkinabé Sidwaya mâche aussi peu ses mots. « Après s’être vengé au centuple de l’enlèvement d’un de ses soldats par des forces palestiniennes, on pensait l’Etat hébreu assez sage pour comprendre qu’il y a un temps pour tout et que celui des négociations avec les Palestiniens était venu. ‘Non’, a rétorqué Ehut Olmert, qui continue à mater les ‘terroristes’ palestiniens et qui vient de déclencher une guerre unilatérale contre le Liban. Au prétexte que le Hezbollah est le principal ‘soutien’ du Hamas, Tel-Aviv a décidé de s’asseoir sur les sacro-saints principes du droit international que sont le respect de la souveraineté d’un Etat et l’inviolabilité de ses frontières pour s’en prendre au Liban. Une outrecuidance qui s’explique par la pusillanimité de la communauté internationale dans la gestion de ce dossier, mais aussi et surtout par le soutien du peuple israélien à ses dirigeants », croit savoir le quotidien.

« Les intérêts économiques libanais » visés ?

Comme pour Dakar, la violence qui prévaut actuellement au sud-Liban est pour Tunis « la conséquence des opérations militaires israéliennes et du recours à la politique de la punition collective dans les territoires palestiniens occupés et au Liban ». Mais la presse tunisienne reste timide et consacre des d’articles factuels aux évènements du Proche-Orient. « Alors qu’Israël intensifie ses bombardements avec leur cortège de massacres… le conseil de sécurité s’abstient de demander le cessez-le-feu ! (…) comme le Liban le demandait, Washington s’abstenant de critiquer Israël et même d’appeler à la retenue », essaye Le Temps. Le quotidien tunisien estime par ailleurs que le Hezbollah « a donné la preuve de sa puissance militaire en frappant vendredi soir un navire de guerre israélien, qui avait bombardé la banlieue sud de Beyrouth, et frappé le siège du secrétaire général de la formation chiite libanaise ».

Le journal algérien El Watan, dont les conflits aux Proche et Moyen-Orient constituent pratiquement une rubrique à part entière, suit ce qui se passe de près et se demande en édito si « les infrastructures de base et les intérêts économiques libanais » ne sont pas plus visés que « les places militaires du parti chiite (…) Le Président français Jacques Chirac a mis les pieds dans le plat vendredi lorsque, au détour d’une question posée à l’occasion de la fête nationale française, il eut ces mots lourds de sens : « C’est disproportionné, je me demande si ce n’est pas le Liban qui est visé. » Le Liban revient, depuis quelques années, sur la scène moyen-orientale comme la vitrine démocratique et prospère du monde arabe. Il tente de renouer peu à peu avec la place financière forte et la destination touristique qu’il a été dans un passé enviable. C’est un pays qui, s’il réussit sa mue, risque à terme de faire de l’ombre à Israël. »

De son côté, Aujourd’hui le Maroc sort l’artillerie lourde dans un édito grinçant où tous les protagonistes sont jetés dans le même sac. « L’Iran, Israël et la Syrie ont donc décidé, consensuellement, encore une fois, que la guerre qui les oppose depuis des décennies se fera sur le terrain libanais (…) Le Hamas, un mouvement intégriste manipulé par la Syrie agissant contre la cause palestinienne, enlève un soldat israélien. Israël, dans une proportionnalité idéale et une parité exemplaire, kidnappe à son tour la moitié du gouvernement Hamas et les deux tiers du Parlement palestinien. Le Hezbollah libanais, des extrémistes chiites à la solde de Téhéran qui ont créé un Etat dans l’Etat, enlève – pour élargir le débat – à son tour deux soldats israéliens. La riposte israélienne ne tarde pas. Objectif : détruire le Liban et, accessoirement, les infrastructures du Hezbollah. Le terrorisme d’Etat exprime-là tout son potentiel. A Téhéran et à Damas, les fins stratèges, imbéciles et lâches, comptent les points. Les intégristes du Hamas et du Hezbollah sont aux anges. Leur rendez-vous avec Dieu est proche. »