Les vieux démons soudanais

Bombardement de civils. Un avion militaire soudanais a bombardé des villageois du Sud, accourus chercher l’aide alimentaire larguée par avion par les Nations Unies. Deux enfants morts et de nombreux blessés. Affamée par Khartoum, la population est prise épisodiquement comme cible. Chrétienne et animiste, elle est jugée proche des rebelles de John Garang. Mais cette fois, le régime islamiste du général Omar Al-Béchir est allé loin, trop loin. Non pas que ce soit la première fois qu’il bombarde les populations civiles, c’est devenu même un rituel pour l’armée soudanaise depuis 1983, mais Khartoum, qui tient à préserver le capital confiance qu’elle a acquis depuis peu auprès des Etats-Unis, est sous surveillance.

D’ailleurs, les premiers à condamner ces bombardements sont les Etats-Unis. Une condamnation en forme de mise en garde. Si les sanctions contre le Soudan ont été levées par Washington et l’Onu, le ton est toujours à la méfiance. L’envoyé spécial de George Bush au Soudan, John Danforth, a pourtant réussi à calmer les ardeurs guerrières de Khartoum. Il a amené le régime islamiste à signer un accord avec l’armée de John Garang pour un cessez-le-feu dans les Nouba. Il a aussi acculé le gouvernement à renoncer à ses pratiques esclavagistes et à désavouer les islamistes radicaux.

Comment expliquer le revirement ? Il est difficile de croire à une escalade, à une reprise de la guerre. Cet acte ressemble plus à un acte isolé. Khartoum n’a aucune raison de compromettre sa sortie de la marginalité par des bombardements de civils. A moins qu’Al-Béchir ait perdu le contrôle de ses troupes. Islamistes et nationalistes récusent le rétablissement des relations diplomatiques avec  » le grand Satan « . Les premiers ne digèrent toujours pas l’arrestation de leur mentor, Hassan Al Tourabi, et les seconds les accords avec la rébellion sudiste.