Les Tunisiennes à l’honneur pour la Journée de la Femme : un message à l’unisson


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A l’occasion de la Journée Mondiale de la Femme, Afrik.com est allé à la rencontre de trois femmes tunisiennes ; Khadija Mohsen-Finan, Zohra Hammami et Maryam Mnaouar qui tiennent à ce que la place de la femme dans la société soit reconnue en tant que telle et valorisée à juste titre. Témoignages.

La femme tunisienne dispose des droits les plus modernes du monde arabe. A l’issue de la révolution populaire, la Tunisie a procédé à bien des bouleversements dans le quotidien des Tunisiennes. Le 8 mars est la date à laquelle on célèbre dans ce pays les droits des femmes quand le 13 août fête à l’échelle nationale la femme tunisienne. Très présente dans la société, la femme tunisienne occupe depuis quelques années déjà tous les corps de métier, bénéficie d’un accès à l’éducation et dispose d’une parité et d’une certaine « égalité » par rapport aux hommes.

« Toutes les femmes sont remarquables »

Khadija Mohsen-Finan, chercheure associée à l’Iris, enseignante à l’Université Paris I (Panthéon Sorbonne) et spécialiste du Maghreb et des questions méditerranéennes.

Interrogée à propos de la Journée de la Femme, elle, qui se définit elle-même comme une féministe engagée, rappelle sagement ô combien « toutes les femmes sont remarquables ». Elle dénonce volontairement la citoyenneté au féminin qui, selon elle, n’a pas lieu d’être. « Cessez de considérer les femmes en tant que telles, n’oublions pas qu’on existe en tant qu’individu ». Un point, c’est tout. Quant aux révolutions récentes, notamment celle qu’a connu la Tunisie, Khadija martèle qu’il n’y eut « aucun leader femme ou leader homme », c’était là l’expression d’un peuple.

« Les hommes ont été les premiers à se mobiliser pour les droits des femmes, de leurs femmes ». Et ce sont eux qui continuent à les défendre avec les femmes, précise-t-elle. « Mon regard sur les femmes de ce pays n’a pas changé, il est le même depuis déjà quelques années ». Et à la question : qu’est-ce-que signifie la Journée de la femme pour vous ?, Khadija répond que cette journée l’a toujours chagrinée. « Qu’est-ce qu’elle peut bien signifier au fond? », s’interroge-t-elle ; « attendre le 8 mars pour parler des femmes est en soi très ridicule », fustige-t-elle. Pour elle, chaque jour est digne d’être consacrer aux femmes, pour leurs causes et leurs droits.

Une ségrégation née du fait même de célébrer une journée en l’honneur des Femmes

Zohra Hammami, ingénieure spécialisée dans le développement durable et économique mais aussi membre actif de plusieurs associations féminines pour l’amélioration de la condition des femmes.

Pour cette mère de trois enfants, la Journée de la Femme dénote d’un grand manque d’égalité. Avec la création de cette Journée mondiale de la Femme, elle dénonce une diminution de la position des femmes par le fait même de leur consacrer une journée unique. Nous accorder « une seule journée c’est très réducteur ». « Pourquoi me consacre-t-on une seule journée ? Je ne suis bonne qu’à être prise en considération le 8 mars de chaque année alors que je suis là toute l’année et ce, tous les jours. ».

« Qu’en est-il du reste de l’année ? », se questionne-t-elle. La femme, rappelle-t-elle, est un membre entier de la société. Son intervention est multiple, très active notamment dans la révolution tunisienne où elle a joué un rôle primordial avant, pendant et après. « Une femme remarquable ? En distinguer une plutôt qu’une autre par son statut social ou par son métier est franchement déloyal. Il y a des femmes dans l’ombre qui en font bien plus au quotidien que tant d’autres. L’importance devrait être la même quel que soit le contexte ». L’idéal pour tout individu est de trouver un juste équilibre entre les êtres humains. Et cette journée ne fait que pointer du doigt cette absence d’équilibre et d’égalité.

« Des femmes aux droits bafoués, maltraitées et tabassées »

Maryam Mnaouar, journaliste militante.

Ses réactions à la Journée mondiale de la Femme sont manifestes. « Les Droits de l’homme avec un petit h n’existent pas alors comment prétendre aux droits des femmes ? Dans mon pays, je vois, tous les jours, des femmes aux droits bafoués, maltraitées et tabassées. » Ce fut également mon cas, le 8 aout dernier, par les forces policières, raconte-t-elle. « J’ai porté plainte et la plainte s’est retournée contre moi. Comme si j’avais la capacité de battre, à moi seule, une troupe de policiers. D’ailleurs, après la mort de Chokri Belaïd, j’ai reçu des menaces de mort par téléphone. Et quand je me suis rendue au commissariat pour porter plainte avec, comme preuve à l’appui, le numéro de téléphone en question qui aurait pu remonter jusqu’à la personne qui m’a menacée, les autorités n’ont absolument pas réagi. Un mois plus tard, les choses en sont restées au même point c’est à dire au point mort ».

Mais nos hommes, eux aussi, souffrent ; ils sont violés, torturés et tués dans les pires conditions qui soient. La machine tortionnaire est toujours présente dans le pays. Alors c’est un tort de croire que les hommes sont bien traités, et le 8 mars dans l’ensemble ne devrait avoir d’écho que dans l’importance même des droits de l’Homme, homme et femme confondus, dans le monde entier. Aujourd’hui, les femmes font partie intégrante de la société ; elles sont les premières mobilisées dans la rue pour dénoncer cette dictature qui nous a longtemps rongés, notre « justice handicapée » et ce mutisme dans lequel on s’est enfermé. Le problème est là ; les gens sont peut être présents sur le terrain faisant mine d’être en désaccord mais ils ne vont pas jusqu’au bout de leur mécontentement. « Le silence, finalement, est une arme dont les dégâts sont irréversibles. Ça n’est pas pire que sous Ben Ali mais ça reste tout de même très grave et très alarmant. Il ne faut surtout pas baisser les bras, c’est maintenant que tout se joue ».

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