Les troupes de l’Union africaine devaient-elles intervenir à Anjouan ?

Après le débarquement, mardi sur l’île d’Anjouan, des troupes de l’Union africaine (UA) aux côtés de l’armée comorienne, et alors que le président destitué reste introuvable, les réactions de la presse internationale ne se sont pas faites attendre.

Le débarquement, mardi, sur l’île d’Anjouan, de ce que Le Monde qualifie de « coalition hétéroclite », en parlant de l’Armée nationale comorienne et de celle de l’Union africaine, suscite des réactions controversées des observateurs français et africains. Si l’illégitimité du président Mohamed Bacar, dont l’élection en 2007 est à la source du conflit, ne semble pas contestée, en revanche, la question de la légitimité de l’intervention de l’Union Africaine se pose ouvertement.

Une intervention contestée

Libération émet l’idée, reprise par Le Monde, que l’Union africaine, critiquée pour son inefficacité à résoudre les crises du Darfour et de la Somalie, entend faire la preuve qu’elle est capable de trouver des solutions africaines aux problèmes africains. Le quotidien français évoque par ailleurs les intérêts des quatre pays qui ont participé à l’opération « démocratie aux Comores ». La Tanzanie, chercherait à se positionner comme une puissance régionale, le Soudan à faire oublier le Darfour, la Lybie (qui a apporté son soutien logistique) et le Sénégal (qui devait envoyer des soldats, jamais arrivés), considèrent tous deux que rien de ce qui se passe en Afrique ne lui est étranger. Seule l’Afrique du Sud s’est exprimée contre l’intervention parce que, selon le journal, elle considère que les Comores appartiennent à sa sphère d’influence. Il est vrai que l’Afrique du Sud s’est instantanément prononcée pour le dialogue et contre l’intervention armée. « Il nous semble qu’il n’y avait pas besoin d’envoyer des troupes, puisque le gouvernement des Comores avait pris la décision de reprendre les élections en mai prochain », a déclaré le chef d’Etat sud africain, Thabo Mbeki dans un article publié mercredi par l’Agence de presse Africaine Apanews.

Une position que défend aussi le quotidien Congolais Le Potentiel qui dénonce l’interventionnisme de la force africaine. Citant des « analystes » de la crise, le quotidien met en exergue une politique de « deux poids deux mesures » de l’Union Africaine, rappelant que le Nigéria, le Tchad ou encore le Kenya ont eu affaire eux aussi à des élections frauduleuses sans qu’elle n’intervienne. Le pays, au Burkina Faso, souhaite que cette intervention fasse jurisprudence « sur un continent où les attentats à la démocratie sont devenus le sport favori des dirigeants » et s’interroge sur les causes du traitement particulier dont ont bénéficié les Comores. Une réponse : la proximité d’Anjouan avec Mayotte, territoire français d’Outre-Mer.

La position de la France

La France, qui a fourni, non pas des hommes, mais des moyens de transport de troupes à l’Union Africaine, a bien évidemment des intérêts sur l’île. Pour Le Monde, l’hexagone « veut se rapprocher de Moroni, tout en poursuivant sa politique de multilatéralisation des crises africaines pour éviter d’assurer en solo, un rôle de « gendarme » en Afrique. »
Libération rappelle pour sa part, que Mayotte est « submergée de clandestins en provenance de d’Anjouan », et que l’île dispose du seul port en eaux profondes de toute l’archipel des Comores. Elle représente donc un enjeu économique de taille, puisque tous les portes-conteneurs sont obligés de s’y arrêter.

Profitant de la crise pour se faire connaître, le nouveau ministre de l’Outre-mer, Yves Jego, a prévu « l’évacuation des ressortissants français installés à Anjouan, ainsi que la gestion d’un afflux de réfugiés » ce qui, souligne le journal Malango actualité « sonnait cependant étrangement après les images de foules en liesse, à Domoni et Mutsamudu, qui accueillaient les forces comorienne et africaine en libérateurs ».
Etranges résonances aussi, celles qui se font entendre à propos de la volonté du gouvernement français à accueillir les réfugiés, puisque, s’indigne RFO : « les autorités françaises n’ont jamais cessé de renvoyer vers Anjouan des personnes en situation irrégulière, malgré le climat de terreur qui régnait sur l’île ces dernières semaines et les tortures perpétrées par les milices de Mohamed Bacar. » Lequel n’a toujours pas été retrouvé mercredi soir.

La « disparition » de Mohamed Bacar provoque des rumeurs. Le Nouvel Obs indique dans une fiche récapitulative des événement à Anjouan depuis 2007, que Mohamed Bacar aurait pris la fuite déguisé en femme et qu’il tenterait de rejoindre Mayotte, l’île française, par bateau. Si la thèse du déguisement paraît farfelue, celle de la fuite est plausible pour le porte-parole du gouvernement fédéral, Abdourahim Saïd Bacar, qui répondait au micro de RFI mercredi à 12h30.

En attendant Bacar, indiquait l’AFP mercredi, une administration provisoire a été mise en place par l’Etat fédéral. L’un des vices-présidents de l’Union des comores, Ikililou Dhoinine, représentera l’autorité politique à Anjouan jusqu’à la mise en place d’un gouvernement de transition qui devra gérer les affaires courantes, et surtout, organiser les prochaines élections.

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