Les tradipraticiens gabonais souhaitent l’institutionnalisation de leur médecine

La sixième édition de la journée africaine de la médecine traditionnelle a été commémorée au Gabon le week-end dernier sur le thème du rôle des tradipraticiens dans les soins de santé primaire. A travers leurs interventions, les thérapeutes gabonais ont exprimé le vœu de voir leur médecine bénéficier des textes règlementaires consacrant l’institutionnalisation de leurs pratiques médicinales.

Notre correspondant au Gabon

L’objectif de cette journée voulue par l’OMS était de sensibiliser et de vulgariser la médecine traditionnelle. Mais il s’agissait aussi pour les organisateurs de réfléchir sur la mise en place des politiques et des législations relatives à cette médecine, de trouver les moyens pour protéger le savoir en matière de médecine traditionnelle et d’encourager la production des médicaments traditionnels améliorés.

La médecine traditionnelle est à la base des soins de santé primaires en Afrique. Elle tient compte du contexte socioculturel. Selon le Dr Jean-Pierre Ndong de l’organisation des chercheurs et tradipraticiens du Gabon, elle est couramment utilisée dans la prévention et le traitement de la plupart des pathologies en Afrique.

Pour édifier l’opinion et montrer le sens pratique des techniques de santé africaine, les spécialistes de la médecine traditionnelle ont donné quelques recettes au cours de leurs conférences. Ainsi, insistant sur le rôle de l’alimentation saine dans les soins de santé primaire, le Dr Pierre Allogo, du syndicat national des tradipraticiens du Gabon a expliqué au public l’impact de l’alimentation de qualité dans le renforcement du système immunitaire et la résistance aux infections.

Des conseils avisés

« Il faut consommer beaucoup de fruits, beaucoup de légumes et moins de viande », a conseillé Le Dr Pierre Allogo, ajoutant que la consommation de certains aliments tels que les gombos facilite le dégagement du fœtus au cours de l’accouchement. D’autres recettes pratiques ont été livrées aux invités au cours de ce rendez-vous du donner et du recevoir, les tradipraticiens ayant le souci de montrer que leur science peut bien apporter des solutions aux problèmes de santé qui minent le continent africain.

Les thérapeutes ont profité de cette sixième édition de la journée africaine de la médecine traditionnelle pour exposer leurs médicaments au public. Aussi, ont-ils déploré le fait que peu de médicaments issus de la pharmacopée africaine ont obtenu une autorisation de mise sur le marché dans les pays membres de l’organisation africaine de la propriété intellectuelle. « Les médicaments ayant parcouru toutes les étapes de mise au point et d’homologation souffrent des systèmes de production et de distribution qui restent déficients », a regretté le Dr Henry Paul Bourobou dénonçant également l’inexistence d’une législation propre aux pays du continent en matière de médicaments issus de la pharmacopée africaine.

Les tradipraticiens gabonais ont à l’occasion de cette rencontre sollicité des autorités gouvernementales et de l’OMS, l’institutionnalisation de leur médecine, la mise en place d’un conseil national de l’ordre des médecins traditionnels, l’introduction de l’enseignement de la médecine traditionnelle dans les programmes pédagogiques et l’appui logistique aux Etats pour l’intégration de la médecine traditionnelle et de la médecine conventionnelle.

Sur la photo : Ferdinand Ngoubili, tradipraticien