Les sans-papiers piétinent à République

Ils sont plusieurs centaines d’immigrés à attendre, parfois depuis l’aube, pour se faire inscrire sur les listes de demandes de papiers à l’annexe de la Bourse du travail, derrière la place de la République à Paris. Avec l’espoir de faire avancer leur situation, bloquée pour certains depuis plus de dix ans.

La file bigarrée serpente de la rue Berger jusqu’à la rue Charlot, déroulant son flot d’immigrés le long des enseignes marchandes de la place de la République et des devantures des restaurants du boulevard Magenta. Lundi 2 septembre, c’est la rentrée pour tout le monde. Ils sont plusieurs centaines, Africains, Asiatiques et ressortissants des pays de l’Est, tous sans-papiers, à faire la queue en cette matinée ensoleillée. Ils attendent que les portes de l’annexe de la Bourse du Travail leur soient ouvertes afin de se faire enregistrer, premier pas vers la régularisation de leur situation.

Certains sont en France depuis plus de dix ans, attendant le fameux papier bleu de la préfecture qui leur permettra de travailler en toute légalité. Ahmadou, 30 ans, s’énerve :  » Je suis en France depuis 1992. Regardez, j’ai tout en règle : mes fiches de paie, celles des Assedic et des impôts. Je suis déjà passé par la préfecture en 1997, sans résultat.  » Le jeune Sénégalais, en chemise impeccable, montre à l’envi sa sacoche bourrée de papiers apparemment insuffisants.

4 heures du mat’

 » Nous, les Africains, nous sommes en France pour faire vivre nos familles, pas pour faire n’importe quoi. On ne cherche pas les milliards, on est là parce-qu’on en a besoin.  » Le visage mi-grave, mi-rieur, Souleymane, Sénégalais de 34 ans sur place depuis 6 heures ce matin, observe le déploiement des CRS qui ont commencé à boucler le périmètre autour de l’entrée du bâtiment de la rue Charlot. Il est 11h30 et certains font la queue depuis 4 heures du matin. Pourtant, pas d’incidents à déclarer.  » Il y a seulement un petit groupe d’agitateurs qui fait des siennes juste devant la porte de l’annexe « , note un gendarme. Une foule compacte, d’où sort une clameur lancinante, expression de mécontentement et d’exaspération, est massée devant cette fameuse porte.  » Il faut dégager le terrain avant de faire entrer qui que ce soit « , annonce un brigadier.

La raison de cette pagaille ? La circulation de mauvaises informations. Vendredi, la plupart des 130 sans-papiers qui occupaient la basilique Saint-Denis (93) depuis le 17 août dernier ont été évacués. Dans l’attente d’un nouveau lieu à occuper, ils devaient se faire enregistrer à l’annexe de la Bourse du travail dans le 3ème arrondissement de Paris. Mais le bureau prévu à cet effet devait ouvrir mardi et non lundi, et ne traiter que les cas des sans-papiers résidant à Paris intra-muros.

Préfecture incontournable

Le bouche-à-oreille a fonctionné à plein régime ce week-end, attirant des immigrés de toute la banlieue parisienne, voire même de Touraine. Joints par certaines organisations d’aide aux sans-papiers, certains employés de la Bourse du travail  » sont volontaires pour commencer l’enregistrement dès aujourd’hui « , explique un employé municipal. Qui poursuit :  » Ils ne pourront jamais inscrire tout le monde. Dans la basilique Saint-Denis, presque 4 000 personnes ont été inscrites sur les listes de demande de papiers, mais ici, je ne sais pas combien ils vont en faire. La matinée est déjà perdue. Ça ne sert à rien de se faire inscrire ici. De toute façon, les dossiers seront transférés à la préfecture, qui les traitera au cas par cas, comme d’habitude.  »

Pourtant, pour Mohammed le Mauritanien, Farid l’Algérien ou Ismaël le Malien, faire la queue ce lundi représente un espoir.  » Beaucoup ont peur de faire la demande à la préfecture car ils craignent qu’on les renvoie directement en Afrique « , explique Souleymane. Le jeune Sénégalais esquisse un sourire. Lui, il a ses papiers depuis longtemps. Il est simplement venu accompagner son cousin, en France depuis 10 ans. Après la dernière bouffée de sa cigarette, il reprend sa place dans la file d’attente. Les CRS ont dégagé une partie de la rue Charlot. Les portes vont s’ouvrir pour laisser entrer les sans-papiers dix par dix. C’est déjà ça.