Les producteurs africains doivent imposer leurs images

Le Palais des Festivals accueille le MIPTV à Cannes

Rencontré à Cannes, en France, la semaine dernière, à l’occasion du Marché International des Programmes de Télévision, Abe Sibiya, directeur de la chaîne sudafricaine « One Gospel » livre sa vision de la place de l’Afrique dans le paysage audiovisuel mondial.

La société « One Gospel », c’est à la fois neuf studios d’enregistrement, la chaîne « One Gospel », qui est présente dans toute l’Afrique sur le bouquet satellite DSTV avec le numéro 331, et aussi une véritable politique de production et de commercialisation des productions musicales africaines partout dans le monde. Le directeur de la chaîne, Abe Sibiya, à accordé à Afrik.com une interview.

Afrik : Est-ce la première fois que « One Gospel » est présente au MIPTV?

Abe Sibiya :
Absolument. C’est une première, et c’est une réussite, je sais que je reviendrai. C’est une occasion formidable de constitution de réseau, de compréhensioon du marché, d’exposition de nos productions, de réflexion sur les nouveaux contenus et les plateformes qui peuvent être utilisées pour les commercialiser.

Afrik : Pourtant l’Afrique n’est pas très représentée ici?

Abe Sibiya :
C’est un tort. Nous sommes en retard, mais cela ne durera pas. Nous sommes déjà adaptés au marché mondial : toutes les régions de l’Afrique commencent à envisager de faire des affaires dans un univers mondialisé, et à comprendre comment elles peuvent en tirer profit. Or pour l’industrie audiovisuelle, la bonne manière de réagir est de proposer sur le marché international des oeuvres spécifiques, dans lesquelles l’Afrique excelle. Parce que ces oeuvres ne peuvent pas être produites ailleurs, ce sont les productions africaines que les télévisions du monde entier s’arracheront…

Afrik : Existe-t-il déjà un marché africain?

Abe Sibiya :
Il émerge, oui, mais significativement déjà. Par exemple, nous sommes une chaîne musicale, spécialisée dans le Gospel. En Afrique anglophone, le genre Gospel est aimé par 75% des gens. C’est le cas dans toute l’Afrique anglophone, particulièrement par les Chrétiens, naturellement, mais même les musulmans comprennent qu’on élève sa prière vers Dieu… Notre premier marché est l’Afrique du Sud, avec autour de 2 millions de téléspectateurs abonnés à notre offre « One Gospel ». Mais nous vendons au Kenya, avec lequel nous faisons même des coproductions, au Ghana, au Nigéria, qui est notre second marché en taille, en Zambie, et nous regardons aussi le marché du Sud Soudan… Même quand ils sont en guerre, les hommes ont besoin de musique! L’Afrique est un immense marché en pleine croissance, pour la télévision comme dans plein de domaines, l’habillement, l’automobile, les loisirs, les services… La téléphonie et la télévision. Tous les jeunes africains qui trouvent de bons emplois réclament ces produits et l’Afrique doit les satisfaire, sinon ils les achèteront auprès des entreprises du reste du monde! Le MIPTV me permet d’envisager aussi de vendre aux Etats-Unis, et j’ai rencontré ici deux chaînes américaines qui seraient intéressées par l’achat de deux blocs de musique africaine pour offrir des sessions « gospel » sur la Télévision Numérique de Terre.

Afrik : Pourtant sur 15000 exposants et acheteurs présents au MIPTV, les Africains sont moins d’un vingtaine!

Abe Sibiya :
Ce n’est évidemment pas assez! Cela doit changer. Les producteurs africains doivent imposer leurs images… Toutes les nations européennes sont représentées par plusieurs dizaines de producteurs, de chaînes ou de groupes, Idem pour les pays asiatiques, l’Amérique du Sud, évidemment l’Amérique du Nord… L’Afrique est trop discrète. Il faudrait que tous les pays africains soient ici, si les africains ne font pas cet effort pour faire rayonner leurs images, ils resteront en arrière.

 Consulter le site de « One Gospel »

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