Les percepteurs somaliens reprennent du service

Pour la première fois depuis dix ans, les percepteurs somaliens sont allés lever l’impôt dans le pays. Une mission à risque pour un gouvernement en quête de légitimité. A Mogadishu, les heurts entre les bandes armées, qui jusque là rançonnaient les commerçants, et les forces de l’ordre ont fait un mort et quatorze blessés.

La Somalie retrouve ses percepteurs. Aucun impôt d’Etat n’était plus prélevé depuis dix ans. Les premiers agents se sont rendus la semaine dernière sur le marché de Bakara à Mogadishu pour percevoir les nouvelles taxes. Les affrontements entre les forces de l’ordre et les bandes armées- qui rançonnaient jusque là les commerçants- ont fait un mort et quatorze blessés.

Depuis le renversement en 1991 de l’ancien président Siad Barre, le pays était plongé dans une anarchie administrative propice à l’installation d’un système mafieux où chaque clan faisait payer un tribut aux commerçants de leur territoire pour assurer leur protection. Les nouvelles dispositions de l’Etat mettent en péril une manne financière que beaucoup n’entendent pas perdre.

Affrontements mortels avec la police

Des centaines de policiers, aidés par des anciens miliciens, ont installé 17 points de contrôle autour du marché de Bakara. Démonstration de force : 40 blindés sont venus compléter un dispositif visant à asseoir une nouvelle légitimité de l’Etat et de ses prérogatives. Deux hommes en arme, fusils d’assaut en main, ont escorté chaque percepteur dans l’exercice de ses fonctions. Les montants prélevés varient en fonction de la taille du commerce.

Epreuve-test pour Abdulkassim Salat Hassan – le nouveau président somalien élu en août 2000 par les chefs militaires et les  » anciens  » du pays- et son gouvernement de transition, la levée des impôts n’a pas été accueillie avec plaisir par tout le monde. Et les bandes armées n’entendaient pas quitter leur gagne pain aussi facilement. Certaines n’ont pas hésité à prendre les armes. Si quatre malfaiteurs, un policier et neuf civils ont été blessés au cours des affrontements, on déplore une victime, une femme tuée par une balle perdue.

Equilibre fragile

La Somalie, encore en guerre civile, cherche tout de même à se tailler une nouvelle image internationale. C’est toute l’autorité du gouvernement actuel qui est en question. En février dernier, il avait promis un poste ministériel à Mohamed Qanyareh Afrah, chef d’une des plus importantes factions armées du pays, en échange d’une reconnaissance officielle de sa part des autorités de Mogadishu. Une manoeuvre qui n’est pas étrangère à l’accord d’exploration pétrolière dans le Sud de la Somalie signé au même moment par le gouvernement et le groupe français ElfTotalFina.

L’équilibre politique est fragile et même menacé. Soutenus par l’Ethiopie, certains chefs militaires avaient annoncé leur intention de former d’ici six mois un gouvernement national en opposition à l’administration actuelle du pays. Le délai est aujourd’hui arrivé à son terme.