Les pays africains peuvent-ils compter sur le Cycle de Doha ?

Le Cycle de Doha redémarre cette semaine à Genève pour tenter de finaliser des négociations difficiles encadrées par l’Organisation Mondiale du Commerce. Il s’agit pour les pays riches et émergents de parvenir à des accords sur la libéralisation du commerce international, en favorisant le développement dans les Etats du Sud. L’Afrique aurait peu de chances d’y trouver satisfaction.

C’est reparti pour un round. Les négociations du Cycle de Doha ont repris ce lundi à Genève sous l’égide de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Au cœur des priorités, les droits de douane et les subventions sur les marchandises agricoles. Depuis l’ouverture de ce cycle en 2001, c’est sur ces deux points qu’ont buté tous les accords. Car l’enjeu est de taille : le dumping exercé par les pays riches plonge les pays du Sud – dont ceux de l’Afrique – dans une situation de dépendance vis-à-vis du Nord et des grandes multinationales, et les empêche d’imposer leurs produits sur les marchés internationaux.

Sur la voie d’un compromis ?

Le nouveau round de négociations, qui cherche trouver des solutions à la crise alimentaire, représente pour l’OMC l’occasion de faire parvenir 152 pays à un accord sur la libéralisation des échanges. Les Etats-Unis semblent près de céder. Ils ont proposé ce mardi de réduire leurs subventions agricoles (habituellement d’un montant de 50 milliards de dollars) à moins de 15 milliards de dollars, à la condition que les pays émergents comme le Brésil et la Chine s’engagent eux aussi à un effort.

L’Union Européenne paraît, quant à elle, accepter l’idée d’un compromis concernant les droits de douane. Elle a proposé de réduire ces taxes de 60% sur les importations en provenance des pays du Sud. Une annonce que le Brésil a qualifiée d’effet d’annonce et de « propagande » mais qui, si elle se traduit dans les faits, pourrait soulager les pays émergents. En effet, le ralentissement économique pousse les pays développés à rechercher de nouveaux débouchés et, immanquablement, ils se tournent vers les marchés du Sud. Or, si comme le souhaite l’OMC les barrières douanières mises en place dans les pays en développement sont abattues, leurs marchés risquent d’être inondés par des produits à très bas coût, mettant à mal des productions locales qui peinent à rivaliser en raison de la concurrence déloyale.

« Il y a un besoin, reconnu internationalement, de relancer la production agricole pour permettre aux producteurs africains de vivre de leur production. Ce ne sera possible que si on met en place les conditions leur permettant de protéger le marché local », explique Romain Benicchio, porte-parole d’Oxfam International à Genève. Et justement, la rencontre de Genève, , doit être l’occasion de définir les produits auxquels s’appliquerait une clause de sauvegarde dans les pays en développement.

Eviter la précipitation de la dernière chance

Jusqu’à aujourd’hui, les séries d’accord entérinées lors des différents rounds l’ont toujours été en faveur des pays riches. Et parce que le processus de Doha stagnait depuis deux ans, beaucoup espèrent parvenir à une conclusion heureuse cette semaine. Les pays en développement, surtout, comptent sur un rééquilibrage de la balance. Mais pour Romain Bennicchio, il ne faut pas se leurrer : « Il paraît difficile de parvenir à un accord satisfaisant dans les jours à venir, étant données les propositions à la table des négociations. Il y a [aussi] plusieurs échéances politiques – l’élection américaine et la présidence tournante de l’UE – dont on craint qu’elles ne ralentissent encore les négociations de Doha et le futur accord de l’OMC ».

Selon lui, mieux vaut prendre le temps nécessaire à l’aboutissement des pourparlers : « Les négociations de l’OMC prennent toujours de longues années. Il vaut peut-être mieux que celles-ci soient encore prolongées, en prenant réellement en compte les besoins sur le long terme des pays en développement ».

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