Les pays africains ont besoin d’une justice de qualité pour se développer

Le droit et la qualité sont de nouveau à l’honneur jusqu’au 29 février dans la capitale béninoise, Cotonou. Les promoteurs du colloque autour de cette thématique, organisé par l’Institut International de Formation et d’Accompagnement à la Certification en Qualité (Iifacqes), entendent poursuivre leur croisade pour des systèmes judiciaires de qualité sur le continent africain. Entretien avec Michel Padonou, le directeur exécutif d’Iifacqes.

L’Institut international de formation et d’accompagnement à la certification en qualité (Iifacqes), Environnement et sécurité Nord-Sud a été créée par des Français et des Béninois qui sont engagés dans des actions de développement en Afrique. L’institut a pour mission d’aider les pays africains à se développer « selon les règles internationales ». « Notre vocation, explique Michel Padonou, n’est pas autre que celle-là ». Le colloque, dont la première édition s’est tenue en 2005, réunit quelque 200 personnes, des qualiticiens, des juristes et des responsables politiques originaires du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Congo, de la Guinée, du Gabon, du Niger, du Sénégal ou encore de la France.

Afrik.com : « Comment rendre les professions judiciaires africaines
partenaires de l’économie du développement et de la cité
grâce à la démarche qualité certifiée
ISO 9001 version 2000 ? » Quelle est l’acuité du thème du deuxième colloque Iifacqes pour les économies africaines ?

Michel Padonou :
Faire de l’économie suppose de signer des contrats quelque soit le domaine dans lequel on opère. L’établissement des contrats renvoie au droit. Les circuits judiciaires, les barreaux, les huissiers, les notaires, les services administratifs de l’Etat…, doivent pouvoir inspirer confiance aux usagers. Interpeller les pays africains sur la question du droit et de la qualité est crucial. Une entreprise ou une structure qui se certifie s’impose des règles internationales, opposables à tous. Elle gagne de facto la confiance de ses partenaires économiques. Par ailleurs, la non-qualité a un coût que des pays aux ressources limitées ont intérêt à s’épargner. Nous sommes un peu les aiguillons de cette réflexion en Afrique. L’entreprise est relativement lourde mais s’avère indispensable.

Afrik.com : D’autant plus que les services judiciaires en Afrique ne sont pas reconnus pour leur probité et leur efficacité…

Michel Padonou :
Ce constat, bien qu’il soit à déplorer, constitue un atout pour les Etats africains au regard des questions posées par la qualité et les processus de certification. Il est plus facile de mettre en lumière les insuffisances d’un système dont la défaillance est reconnue que de celui, qui en apparence, fonctionne normalement. Un livre relatif à ces questions sera présenté durant ce colloque. Il faut ajouter qu’un qualiticien est un homme de mesure, qui de fait ne saurait reprendre à son compte un constat sans s’être assuré préalablement de sa véracité au travers des outils dont il dispose. La certification n’est pas une politique de la table rase. C’est un processus dans lequel on met en exergue à partir d’un audit-diagnostic les points forts et les axes d’amélioration de la structure engagée dans une démarche de certification.

Afrik.com : L’exemple le plus récurrent de leur insuffisance est celui de la défaillance de l’état civil…

Michel Padonou :
Le colloque posera cette problématique de la traçabilité de l’existence des citoyens, une question fondamentale quand on sait qu’ils sont appelés à voter. C’est inadmissible pour une démocratie de ne pas pouvoir répondre à cet impératif. La notion de propriété du client est également importante. Les citoyens confient des documents aux services de l’Etat pour la réalisation d’actes administratifs. Ils doivent pouvoir avoir la garantie de retrouver les documents confiés parce qu’ils en auront besoin tout au long de leur existence. Cela renvoie à la conservation des archives dans les administrations publiques. Le Bénin s’est engagé dans un processus de numérisation de ses archives publiques, il se trouve que certains documents sont inexploitables parce qu’ils ont été mal conservés. La propriété du client a donc été détruite. Plus généralement, le droit du citoyen n’est pas pris en compte dans nos Etats, il faut par conséquent attirer leur attention sur ce point.

Afrik.com : La certification est-elle un pli que les entreprises commencent à prendre en Afrique ? Plus particulièrement au Bénin où a lieu le colloque ?

Michel Padonou :
L’adhésion à la démarche demeure encore limité. Mais il y a quelques entreprises et structures qui commencent à être certifiées. En 2005, l’hôpital de l’enfant et de la mère à Cotonou, situé à Dantopka (à proximité du marché le plus célèbre d’Afrique de l’Ouest, ndlr) est devenu le premier hôpital de la région à être certifié ISO 9001, version 2001. En Guinée (deuxième producteur mondial de bauxite, ndlr), la filière de la bauxite est en cours de certification au travers de la société en charge de son exploitation. C’est le certificateur international, Moopy, l’un de nos partenaires qui est en charge du processus.

Afrik.com : Quel est la durée et le coût d’un processus de certification ?

Michel Padonou :
En Guinée, il y a un an que le processus est engagé. Plus l’entreprise ou la structure est importante, plus le processus est long et coûteux. Néanmoins, l’Iifacqes réalise par exemple gratuitement l’audit-diagnostic, première étape d’un processus de certification.

 Visiter le site du colloque