Les partisans de l’extradition de Habré gardent espoir

Les responsables de la Coalition sénégalaise pour l’extradition de l’ancien président tchadien, Hissène Habré, vers la Belgique (COSEHAB) gardent espoir quant à une suite favorable à leur demande, en dépit du report du délibéré pour vendredi prochain.

Initialement prévue pour ce mardi, l’audience publique au cours de laquelle la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Dakar devrait rendre son délibéré a été reportée à vendredi « sans explications » de l’administration judiciaire sénégalaise.

« Je crois que la justice sénégalaise se donne le temps nécessaire pour étudier ce dossier afin de fournir une bonne réponse à la demande d’extradition », a indiqué Reed Brody, l’un des responsables de l’organisation internationale de défense des droits de l’Homme « Human Rights Watch » qui milite aux côtés de la COSEHAB pour l’extradition de l’ancien président tchadien.

Selon Reed Brody, si la justice sénégalaise s’oppose à la demande d’extradition de Hissène Habré, la Belgique peut « invoquer l’article 30 de la Convention sur la torture pour traîner le Sénégal devant la Cour internationale de justice » de la Haye.

« Et si malgré l’avis favorable de cette Cour, le Sénégal
maintient sa position, il peut être convoqué aux Nations unies », a souligné Reed Brody.

Une décision importante pour l’Afrique

Quant à Alioune Tine, secrétaire général de la Rencontre
africaine de défense des droits de l’Homme (RADDHO, basée à
Dakar), il a déclaré que « la demande d’extradition adressée par la justice belge permet au Sénégal et à l’Afrique de lancer un signal fort contre l’impunité ».

« C’est parce qu’aucun pays africain ne s’est décidé pour juger
l’ancien président tchadien, que les victimes ont été obligées de s’en remettre à la justice belge », a-t-il indiqué, invitant la partie de l’opinion sénégalaise qui s’oppose à l’extradition de M. Habré d’être objective en s’élevant contre l’impunité.

« Nous avions adressé une lettre au président en exercice de
l’Union africaine, Olusegun Obasanjo pour clamer la volonté des Africains à lutter contre l’impunité », a indiqué M. Tine.

Présente ce mardi au tribunal de Dakar, Jacqueline Moudeina,
l’avocate des victimes tchadiennes des présumées atrocités
commises sous le régime de Hissène Habré, a « invité le Sénégal à extrader l’ancien président tchadien pour que les victimes soient restaurées dans leur dignité ».

« Le procès de Hissène Habré permettra aux Tchadiens de se
réconcilier entre eux », a-t-elle déclaré, révélant que cette
« affaire est très suivie par la Commission des droits de l’Homme de l’Union africaine ».

On rappelle que Hissène Habré a trouvé refuge au Sénégal en 1990 après son renversement par l’actuel président tchadien, Idriss Deby.

Il a été arrêté le 15 novembre 2005 par la justice sénégalaise
suite au mandat d’arrêt lancé contre lui en septembre dernier par la justice belge qui se prévaut d’une loi de compétence
universelle pour juger les crimes commis hors de son territoire.

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 >http://www.afrik.com/article9043.html]