Les partis politiques algériens misent sur les femmes

Pour la prochaine législature, des partis politiques privilégient la candidature des femmes, d’autres s’écartent de ce qu’ils appellent une « discrimination sexiste inversée ». Tour d’horizon de la place de la femme dans le monde politique algérien.

A l’issue des élections législatives du 5 juin 1997, treize femmes sont devenues députées, soit moins de 5 % de la composante globale de l’APN qui compte 380 sièges. L’infériorité de la présence féminine dans une institution censée refléter la morphologie de la population formée à moitié par des femmes est ainsi avérée. Pour le futur mandat, certains partis politiques ambitionnent de revaloriser la représentativité de la femme dans l’institution législative, ne serait-ce que par le nombre.

Le FLN veut rétablir ce qu’il considère comme une situation malheureuse, en l’occurrence l’absence de femmes dans son actuel groupe parlementaire. « Nous voulons mettre un maximum de candidates sur nos listes électorales », nous a affirmé Ahmed Mamouni, député et chargé de la communication au sein du parti. Il a tenu à préciser que ces femmes seront mises dans les premières places des listes afin de leur permettre d’être effectivement élues.

Démarche démagogique ?

Le RND a aussi orienté un axe important de sa stratégie électorale dans cette optique. Il entend placer une candidate dans chaque tranche de cinq sièges à pourvoir, espérant intégrer, de cette manière, au moins vingt députées dans son groupe parlementaire. L’initiative, a priori louable, risque toutefois de s’apparenter à une démarche purement démagogique si l’objectif fixé est simplement d’ordre quantitatif.

Les rares femmes ayant été nommées ministres (généralement une à deux par gouvernement) n’ont servi que d’alibi pour un semblant d’ouverture et de modernité. Pour cause, aucune femme n’a eu à gérer un département ministériel d’une portée stratégique. Il n’est donc pas du tout exclu que la volonté de quelques états-majors de partis politiques de promouvoir la présence des femmes à l’APN à des proportions importantes réponde de la même philosophie.

Ce qui desservira grandement le rôle que pourront jouer les députées dans l’amélioration de la condition féminine en Algérie, ou du moins la valorisation de son image et de sa place dans une société, malheureusement encore gérée par les atavismes du machisme et du conservatisme. « Nous ne cherchons nullement à nous servir de nos futures députées comme alibi, car nous ne présenterons à la députation que des candidates confirmées sur tous les plans », a expliqué M. Mamouni.

Discrimination sexiste inversée

Du côté des islamistes, la tendance est plutôt nuancée. Un député du MSP nous a clairement indiqué que son parti ne favorisera pas particulièrement la candidature des femmes. « Nous donnons la primeur au critère lié à la compétence, sans distinction de sexe dans le choix des candidats, nous a-t-il précisé. Avec subtilité, un autre élu de la formation, dirigée par Mahfoud Nahnah, a affirmé que son parti ne fera pas dans « la discrimination sexiste inversée ». En d’autres termes, pas question de désavantager la candidature des militants (hommes s’entend) présentant les qualités requises par le parti pour le statut de député, au motif que des listes sur lesquelles figureront beaucoup de femmes seront mieux appréciées par l’opinion publique.

Le MSP, qui compte deux femmes parmi ses actuels députés, opte, de toute évidence, pour une stratégie qui séduira exclusivement son électorat traditionnel. Le mouvement Ennahda suit, à en croire un de ses parlementaires, la même logique. De toute manière, aucune femme n’a été élue sous sa bannière aux dernières législatives.

Souhila H.