Les obstacles à la protection au Sénégal

Le prix du préservatif peut être un frein à la protection au Sénégal. D’autres facteurs, tels que la désinformation ou la honte, entrent en ligne de compte. Le point de vue d’Aida Diop, chargée de programme à l’association de bien-être familial du Sénégal.

Selon Aida Diop, chargée de programme au sein de l’Association pour le bien-être familial au Sénégal (ASBEF), si le prix du préservatif est un facteur qui décourage les Sénégalais, il en existe bien d’autres et de plus importants. La désinformation est l’un d’entre eux, mais aussi la honte de rentrer dans une pharmacie et de demander une boîte de préservatifs. Il existe également une inégalité d’approvisionnement sur le territoire, qui rend l’accès à la protection plus difficile pour les ruraux que pour les urbains.

Afrik : Le coût du préservatif au Sénégal est-il un frein à la protection ?

Aida Diop : Le prix du préservatif varie, sur l’ensemble du territoire, selon le pouvoir d’achat des habitants. A Dakar, par exemple, l’ASBEF vend quatre préservatifs pour cinquante francs CFA, alors que dans d’autres villes on en trouve à d’autres prix. C’est peut-être un facteur de la non-protection de la population.

Afrik : Est-ce que d’autres éléments empêchent les Sénégalais de se protéger ?

Aida Diop : Il est évident qu’un autre problème majeur est celui de l’approvisionnement des zones rurales. Comme partout, je le crois, les grands centres possèdent beaucoup de commerces et donc de marchandises que l’on ne retrouve pas dans les petites villes ou dans les villages de campagne. Nous essayons au maximum d’envoyer des stocks de préservatifs dans les petits magasins d’alimentation, pour que les villageois n’aient pas à se déplacer pour en acheter. Cependant, dans les villages les plus reculés, on ne trouve aucun commerce et donc pas de préservatif.

La situation a encore besoin d’être améliorée, bien sûr, néanmoins, l’information commence à rentrer dans les esprits, et dans quelques temps, le port du préservatif rentrera dans les moeurs.

Afrik : Faut-il alors organiser des distributions gratuites ?

Aida Diop : Des ONG organisent déjà de telles distributions dans le pays, mais avec l’ASBEF, nous nous sommes toujours battus contre la gratuité. Nous préférons vendre les préservatifs à bas prix que de les donner. Les gens prêtent plus d’importance et donnent plus de crédit à quelque chose qu’ils doivent payer qu’à un objet qu’on leur fournit gratuitement. En outre, le prix du préservatif n’est pas très élevé. En vérité, le problème ne se situe pas réellement à ce niveau. Le fait est que les jeunes n’intègrent pas le préservatif dans leur vie amoureuse.

Afrik : Pensez-vous que ce problème soit particulièrement lié aux jeunes ?

Aida Diop : Au sein de l’association, se sont surtout les réactions des jeunes qui sont les plus étonnantes, bien que les adultes ne soient pas plus à l’aise avec les préservatifs. Le problème chez les adolescents est un manque d’information. Il y a encore beaucoup d’entre eux qui ne savent pas se servir du préservatif ou qui ne l’acceptent pas. Selon eux, mettre le préservatif coupe le plaisir et ils nous disent souvent  » on ne mange pas une banane sans l’éplucher « .

Nous essayons au contraire de leur monter que plaisir et préservatif font bon ménage. Mais je pense que d’autres choses font barrière.

Afrik : La honte est-elle l’une d’entre elles ?

Aida Diop : Sans aucun doute. Les gens ont encore beaucoup de mal à rester naturels lorsqu’ils parlent de sexualité et à plus forte raison lorsqu’ils achètent des préservatifs, l’achat impliquant l’acte futur. Cette honte est tellement présente qu’il n’est pas rare de voir de jeunes enfants entrer dans les pharmacies pour acheter des préservatifs pour un adulte qui n’ose le faire.

Avec notre association, il nous arrive souvent de devoir envoyer des préservatifs dans un point de vente qui en manque. Nous chargeons donc un chauffeur de déposer le paquet. Celui-ci n’accepte de le transporter que si les préservatifs sont suffisamment emballés pour ne pas être reconnaissables.