Les mots, miroir de la société


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Globe terrestre
Globe terrestre représentant une partie de l'Afrique

La tête sur les épaules et les pieds bien sur terre, la toute jeune formation parisienne rap  » Témoins Oculaires  » explique sa conception d’une musique trop souvent stigmatisée par la violence de ces textes. Rencontre.

 » Témoins Oculaires  » est un groupe tout récent. Kohiba, Philifoux (son frère) et Bêo sont tous trois étudiants. Par amour de la musique, ces deux Ivoiriens et leur compère zaïrois se lancent dans une aventure commune sous la houlette de la toute jeune structure événementielle Symbioz. Ils feront leur première prestation, vendredi prochain à l’Opus Café de Paris. Une démarche originale pour un groupe qui n’a pas encore d’album, et que Symbioz préfère d’abord faire connaître et reconnaître par la scène.

Afrik.com : Pourquoi avoir choisi comme nom  » Témoins Oculaires  » ?

Kohiba : Parce que dans nos textes, on souhaite rapporter des choses qu’on n’a pas forcément vécues. On est un peu l’écho de la société dans laquelle on vit.

Philifoux : Pour nos textes, nous regardons juste autour de nous ce qui se passe. Mais nous ne sommes pas cantonnés à l’univers de la banlieue. C’est plus ouvert, tout peut nous inspirer.

Afrik : Qu’est ce que le rap pour vous ? Un moyen de vous en sortir ?

Kohiba (un sourire en coin) : Non, nous sommes encore tous à l’école (Lui et son frère sont tous deux en école de commerce, ndlr). C’est avant tout une passion. La passion d’écrire, de dire quelque chose.

Philifoux :. Le rap est notre moyen d’expression. Ce qui est intéressant, c’est tout le travail d’écriture. On peut utiliser toute la force et la richesse de la langue française.

Bêo : Moi je n’ai pas la même vision que les autres. Eux ils ont eu la chance de vivre en Afrique, moi non. J’ai une vision plus « à la française  » des choses. Le rap est avant tout une musique de la rue. Je raisonne pour ma part un peu en terme de classes sociales et le rap est ma musique de protestation.

Afrik : N’est ce pas un peu marginaliser le rap en tant que musique du ghetto ?

Philifoux : Je ne partage pas la même vision du rap que Bêo (Kohiba acquiesce). Disons que nous sommes complémentaires. C’est aussi ce qui fait la richesse du groupe. Lui, c’est vrai qu’il est plus en prise sur une réalité de terrain, mais je pense que l’on peut exprimer les mêmes choses, avec tout autant de force, avec des mots différents.

Bêo : Il ne faut quand même pas croire que je place des insultes à chaque fin de phrase. Je m’exprime dans le rap comme je m’exprime dans la vie. Et bon, c’est vrai que des fois, ça sort comme ça.

Kohiba :En définitive, notre façon de chanter reflète beaucoup nos personnalités respectives. Et moi, je me vois mal placer des insultes de quartier tout simplement parce que je n’en ai pas l’habitude. A trois, je pense qu’il y a un équilibre. Mais une chose est sûre, on n’est pas un groupe hardcore (branche dure du rap, ndlr).

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