Les monarques européens et leurs Royalties tirés du Commerce esclavagiste


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Corona española y el tráfico de negros

Sa Majesté Chrétienne le Roi de France, Sa Majesté Catholique le Roi d’Espagne, les monarques d’Angleterre, du Portugal et de Hollande se sont consacrés durant plusieurs siècles au trafic des esclaves. Ils chassaient les noirs, et il n y a ici aucune exagération verbale, en Afrique Occidentale. Par la suite, ils les transportaient dans les cachots des bateaux négriers vers l’Amérique et les y vendaient pour qu’ils exécutent divers offices serviles, dont certains étaient d’une dureté extraordinaire. L’immense oppression historique ne fut pas anecdotique. Elle s’est étendue au cours du 16ème, du 17ème, du 18ème et du 19ème siècle.

Luis María Anson

De vingt à cent millions d’esclaves africains furent amenés d’Afrique en Amérique du fait de la cruauté du blanc occidental, sous la responsabilité de Rois européens, car il ne s’agissait pas d’une aventure ou d’un délit de quelques scélérats. Les monarques chrétiens furent les bénéficiaires de la plus importante honte historique de l’Europe cultivée et éclairée. À l’époque d’Isabel II, on faisait encore commerce des esclaves à Puerto Rico. La  »démocratie » États-Unienne d’Amérique allait vivre au milieu du 19ème siècle une guerre civile atroce pour l’abolition de l’esclavage. Jusqu’en 1865, on remplissait la bouche des états-uniens en parlant de  »démocratie », alors qu’ils détenaient des esclaves.

La prétention de l’empereur Pedro II du Brésil d’éliminer le trafic des esclaves lui coûta son trône. Des militaires, des aristocrates et des propriétaires fonciers réagirent face à la décision du Monarque d’abolir l’esclavage et le détrônèrent. Dans mon livre, La Negritud, j’évoque minutieusement la page la plus obscure de l’Occident chrétien.

C’est donc avec un intérêt particulier que j’ai lu l’oeuvre de Reyes Fernández Durán La Corona española y el tráfico de negros. L’auteure n’entre pas dans les appréciations d’ordres religieux, éthique ou moral. Elle se contente de fournir un tableau de données qui explique comment se faisait la traite négrière, quelles compagnies intervenaient, quelle monnaie était utilisée, combien étaient payées pour les marchandises, quels avantages obtenait le Roi d’Espagne ou celui de France ou d »Angleterre, pour chaque tonne de chair humaine. Du monopole initial qu’exerçait le monarque espagnol au libre commerce qui s’articulait autour de la South Sea Company britannique, Reyes Fernández Durán apporte des données pertinentes non seulement sur la vente des esclaves, mais également sur la législation qui l’encadrait, de même que sur l’éducation, le traitement et l’occupation des Noirs dans les Lois Des royaumes des Indes, les Codes Noirs français et britanniques, et même l’activité d’Inquisition dans la vente et l’établissement des africains noirs. Une honte interminable qui dura quatre siècles.

Tous les six mois, selon l’auteure de ce livre révélateur, la compagnie chargée de commettre le grand outrage devait payer les droits du commerce des esclaves à la cour de Madrid. L’unité de comptes était le Réal de Vellon, qui était composé de 34 maravédis. Le real de a ocho, le peso escudo ou hard dollar (peso duro) s’établirent officiellement pour l’achat-vente des esclaves, avec leurs spécifications en poids et en équivalence. « Dans El Archivo des Simancas – écrit Reyes Fernández Durán on trouve un résumé de Estado de Quenta de Derechos de Esclavos Compañía de Asiento du 1er Janvier 1731 à la fin de Décembre 1734. Dans ce résumé est noté dans l’unité de compte, les Réal de Vellon, ce que devait payer la société pour les Noirs introduits ainsi que les salaires qu’on leur aait exigé de payer aux ambassadeurs et à d’autres pendant quatre ans.  »

Nous ne sommes pas dans l’Egypte des pharaons ni dans la Rome des Césars et des empereurs. Nous sommes dans une Europe cultivée du 18ème siècle, dans l’Europe chrétienne, catholique ou protestante, qui imposait ses codes moraux. Mais le commerce des esclaves se faisait ouvertement, comme une autre pratique commerciale. L’Occident chrétien n’a toujours pas payé la facture historique de tant de sang versé dans sa chasse aux noirs en Afrique noire, pour tant de familles déchirées, pour la souffrance des esclaves enchaînés dans des cachots des navires, navigant vers une destination inconnue, à des milliers de kilomètres de la patrie perdue, pour souffrir sous le fouet du blanc la cruauté parfois indescriptible de l’esclavage en Amérique. Le Livre des Reyes Fernández Durán représente une contribution indispensable pour l’étude de la plus importante honte historique de l’Occident chrétien.

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