Les Jeux olympiques de 2016 seront africains

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Les Jeux olympiques de 2016 seront africains ou ne le seront pas ! Jean-Pierre Sirot a choisi de croire au premier cas de figure. Afin de se donner les moyens de concrétiser un rêve qu’il partage avec tout un continent, il a créé la fondation Newsporafrica dont il est également le directeur général. Il revient pour Afrik sur la raison d’être de cette organisation.

az2.jpgJean-Pierre Sirot, ce dynamique jeune homme de soixante-et-un an, autrefois dans le commerce international, s’est trouvé un sacré défi pour ses « vieux jours ». Promouvoir l’organisation des Jeux olympiques en Afrique en 2016. Depuis le 19 janvier 2006, date à laquelle la fondation a été officiellement présentée à Genève (Suisse), il a pris son bâton de pèlerin et essaie de rallier les politiques, les entrepreneurs, les autorités sportives de la planète, l’opinion publique, et surtout les Africains à cette cause en définitive très olympique.

Afrik.com : Pourquoi la fondation Newsporafrica?

Jean-Pierre Sirot :
Depuis des années, j’avais pu constater à titre personnel que les Africains étaient les leaders de l’athlétisme, notamment dans les épreuves de course. Et puis un jour de 2001, j’ai découvert une équipe de France qui était noire, pour ne pas dire africaine. « Mais quand des Jeux olympiques ont-ils eu lieu en Afrique ? », me suis-je alors demandé. J’avais 56 ans à l’époque, je me suis dit voilà une très belle occupation pour ma retraite. J’ai mis quatre ans à faire naître la fondation. Pendant deux ans et demi, j’ai été considéré comme un utopiste et puis j’ai fini par trouver des partenaires, aussi bien Africains qu’Européens, pour constituer cette fondation. Nous nous sommes installés à Genève pour des raisons logistiques, car c’est plus facile d’y monter une fondation internationale. C’est aussi une carte de visite qui nous confère une certaine neutralité, ce que nous voulions à tout prix ! Nous sommes reconnus, par le gouvernement suisse, d’intérêt public international et nous existons juridiquement depuis plus de seize mois. C’est un véritable défi que nous lançons aux Africains, tout en invitant les grands décideurs de l’hémisphère nord qui ont le monopole de ces jeux depuis 1896 – celui des Jeux modernes de Pierre de Coubertin – à une prise de conscience. En 2012, à Londres, cela fera 116 ans que les Jeux existent, cela fait 116 ans que les Africains sont compétiteurs et 116 ans qu’ils ne sont pas allés chercher l’anneau olympique qui leur revient. Ça c’est l’engagement de la fondation ! Nous faisons donc appel à toutes les personnalités physiques et morales et organisations africaines, non africaines, internationales à nous rejoindre. De même qu’aux médias pour faire connaître notre initiative.

Afrik.com : Quels sont les objectifs de cette fondation ?

Jean-Pierre Sirot :
La charte de la fondation Newsporafrica s’articule autour de trois points fondamentaux. Premier point : soutenir sans position partisane toutes les candidatures africaines. Deuxième point : nous ne prendrons jamais de position contre les prérogatives du Comité international olympique (CIO, ndlr) avec lequel nous entretenons des relations neutres. Le troisième point : c’est l’argent. Il sera collecté sous forme de promesses de dons à 100% auprès notamment de villes qui ont déjà organisé les Jeux, de grands industriels et de toutes les bonnes volontés qui le souhaitent. Et sera reversé, sous la tutelle du CIO, au pays africain organisateur lorsqu’il sera choisi. Rien ne transite donc par la fondation dont le rôle se limite exclusivement à la collecte de promesses de dons. Par contre, la fondation a besoin d’argent pour fonctionner d’où la nécessité de trouver des partenaires et des sponsors parce que jusqu’ici nous vivons sur nos fonds propres, des fonds essentiellement privés.

Afrik.com : Vous pensez à qui ?

Jean-Pierre Sirot :
Aux Africains qui en ont les moyens, à de grands groupes industriels qui travaillent en Afrique, nous espérons aussi beaucoup des villes de Londres et de Pékin qui vont recevoir les prochains Jeux olympiques. Nous avons l’intention de leur proposer de communiquer également à travers nos plaquettes, en contrepartie de quoi, elles apporteront leur aide à la fondation. C’est pareil pour la Coupe du monde 2010 qui se tiendra en Afrique du Sud. Nous avons adressé un courrier dans ce sens aux autorités sud-africaines.

Afrik.com : Comment allez-vous faire connaître votre action et qu’avez-vous déjà fait dans ce sens ?

Jean-Pierre Sirot :
Nous allons promouvoir la fondation à l’échelle internationale, notamment par une émanation africaine. Nous sommes ainsi en train d’installer une représentation à Yaoundé, au Cameroun, dont l’inauguration est prévue fin septembre, début octobre de cette année. Nous prévoyons ensuite d’ouvrir une antenne à New-York, puis à Hong Kong. Nous voulons aussi créer dès maintenant un club de soutien à la fondation et nous aimerions qu’elle soit présidée par un leader africain. Nous sommes aussi actuellement en contact avec des pays susceptibles de présenter des candidatures et les différentes autorités sportives africaines afin que d’ici fin 2007, début 2008, ce continent puisse présenter quatre ou cinq candidatures sérieuses. La fondation a également trois projets médiatiques importants. D’abord, la création d’une bande-dessinée, dont les personnages seront des petits enfants de 10 ans, qui est une anticipation des Jeux olympiques. Ces BD seront financées par un important sponsor et seront distribuées, tous les six mois, dans toutes les écoles d’Afrique à compter de janvier 2007. Ensuite, en extrapolant cette BD, nous nous proposons de faire un film sur les Jeux olympiques africains dont tous les acteurs auront, eux aussi, 10 ans. Pourquoi des enfants de 10 ans ? Tout simplement parce que sont eux qu’il faut intéresser : ils auront 20 ans en 2016. Enfin, nous allons lancer à la fin de l’année, vers novembre, un appel pour la réalisation de l’hymne de notre fondation. Toute cette dynamique devrait être très profitable à la jeunesse africaine.

Afrik.com : La jeunesse semble vous tenir à cœur…

Jean-Pierre Sirot :
Il y a 400 millions de personnes de moins de 20 ans en Afrique, c’est considérable. S’ils sont informés grâce aux réseaux que nous sommes en train de mettre en place avec les comités olympiques nationaux, aux plaquettes que nous allons distribuer dans les écoles… je crois que nous réussirons à capter leur intérêt en faveur du sport.

Afrik.com : En quoi votre lobbying va consister ? Soutenir les candidatures des pays qui le souhaitent ? Comment et auprès de qui ?

Jean-Pierre Sirot :
Notre fondation, grâce à son réseau, constituera un support de communication et de promotion assez important pour ces pays. Et s’ils le souhaitent, nous leur apporterons nos conseils pour l’organisation éventuelle des Jeux. Nous allons, entre autres, les aider à structurer leurs projets, leur proposer des solutions d’investissement en adéquation avec leurs budgets. Depuis 2001, nous avons bien évidemment réfléchi à ce que pourraient être les structures matérielles et logistiques de Jeux olympiques implantés en Afrique. Pour ne pas trop investir dans l’immobilier, car il faut prévoir loger 46 000 personnes, les pays peuvent, par exemple, faire appel à une flottille de navires. Nous voulons aussi que l’organisation des jeux ne soit pas importée des pays européens. Il appartiendra aux Africains de la penser selon leurs propres besoins. Les dépenses consacrées aux Jeux sont devenues irraisonnables. Ceux de Londres vont coûter 20 milliards d’euros, il faut penser qu’avec 15% de ce montant, on peut organiser de fantastiques Olympiades en Afrique. Il faut, à notre avis, construire le strict minimum d’infrastructures et s’assurer qu’elles pourront, plus tard, être transformées en écoles de sport dans les disciplines pour lesquelles les athlètes africains sont obligés de s’entraîner à l’étranger.

Afrik.com : Quand doivent être déposées les candidatures ?

Jean-Pierre Sirot :
C’est en 2009 que le CIO décidera du pays organisateur des JO de 2016. Toutes les candidatures doivent être donc déposées fin 2007. Nous encourageons beaucoup la co-organisation, car cela donnera plus de poids aux candidatures présentées. Tout le monde sait que la plupart des pays africains ne peuvent organiser, à eux seuls, une manifestation de cette ampleur.

Afrik.com : Que deviendra la fondation après 2016 ?

Jean-Pierre Sirot :
Si en 2016, nous nous rendons compte qu’il n’y a pas de possibilité évolutive rassurante, la fondation sera dissoute. Mais, en même temps, ce sont là les clauses juridiques normales qui prévalent à l’existence d’une fondation. Tout ceci pour dire que notre démarche, si besoin était de le rappeler, est totalement désintéressée.