Les gendarmes ivoiriens en accusation

Après avoir innocenté deux partisans d’Alassane Ouattara, la justice ivoirienne s’attellera, ce lundi, à juger les gendarmes accusés du massacre de 57 personnes à Yopougon, non loin d’Abidjan. La commission d’enquête internationale de l’ONU a déjà tranché : les gendarmes sont impliqués dans ce massacre.

L’ivoirité au tribunal. Après avoir remis en liberté les deux responsables du RDR, Ali Coulibaly, porte-parole du parti d’Alasssane Ouattarra, et Camara Yerefé Vakaramoko, accusés de  » destruction de biens publics et privés « , la justice ivoirienne jugera, à partir de ce mardi, les huit gendarmes accusés d’avoir assassiné 57 personnes entre le 24 et 26 octobre dernier à Yopougon, près d’Abidjan.

La commission d’enquête onusienne vient de rendre un rapport accablant sur le charnier de Yopougon. Elle accuse clairement la gendarmerie d’être responsable de ces crimes et de leur planification. Viols, meurtres, torture, la commission accable les forces de l’ordre ivoiriennes. Les gendarmes d’ Abobo auraient tiré, selon le témoignage d’un de leur collègue, sur les 40 détenus après la mort d’un officier lors des émeutes qui sont suivi les élections présidentielles.

Chronique d’un massacre annoncé

Regarder le passé en face. 26 octobre 2 000. Après le retrait du général Gueï de la présidence et la proclamation de Laurent Gbagbo, les militants d’Alassane Ouattara sortent dans la rue pour réclamer de nouvelles élections. L’engrenage s’enclenche. Les affrontements se poursuivent entre les partisans pro-Ouattarra et pro-Gbagbo. Les forces de l’ordre interviennent. Et ça tourne au massacre.

Selon les enquêteurs onusiens, les gendarmes tirent sur les manifestants et procèdent à des rafles dans les quartiers populaires. « . Les victimes sont « de jeunes hommes le plus souvent, identifiés comme originaires du nord du pays ou étrangers. ». Les gendarmes étaient accompagnés de civils, identifiés comme militants du parti de l’actuel président, pour leur indiquer les personnes à arrêter. Les victimes sont transférées dans les gendarmeries d’Abobo, de Yopougon, de Koumassi, d’Agban, et à l’école de police de Cocody.

C’est au camp d’Abodo que les gendarmes tirent, dans l’après-midi sur les 40 détenus. Vers 17 heures 30, ils ordonnent aux survivants de former des groupes de deux personnes pour charger les corps à bord d’un camion dans lequel eux-mêmes doivent monter. Ils sont emmenés sur le site de Yopougon, où ils déchargent les cadavres avant d’être obligés de se coucher par terre. Les gendarmes ouvrent alors le feu sur eux. Malheureusement pour eux, deux personnes réussissent à s’échapper.

La commission onusienne parle  » du premier pas  » du procès des huit gendarmes. Qui sont en liberté surveillé. Sa réticence s’explique par le fait qu’aucun officier ne soit à la barre du tribunal.