Les enfants migrateurs

165 000 enfants ruraux burkinabè vivent loin de leurs familles. Ils sont partis pour travailler dans les zones urbaines ou dans les pays limitrophes. Un phénomène qui s’est accru ces cinq dernières années et concerne aussi bien les filles que les garçons.

La migration des enfants travailleurs s’est fortement accrue au Burkina Faso durant les cinq dernières années. C’est ce qui ressort d’une étude réalisée par l’ONG Terre Des Hommes et la Banque mondiale et menée au mois d’avril. L’étude concerne les migrations des enfants des zones rurales vers les centres urbains et des zones rurales vers les pays limitrophes. Le pays a été divisé en cinq régions et 90 enquêtrices ont questionné 7 354 mères d’enfants de moins de 18 ans. Ibrahim Sanogo, représentant de Terre des Hommes au Burkina Faso a rassemblé tous les témoignages.

Afrik : Combien d’enfants burkinabé vivent loin de leur foyer d’origine ?

Ibrahim Sanogo : 9,5% des enfants du pays qui ont entre 6 et 17 ans, soit 165 000 enfants, vivent loin de leurs parents. 29% de ces enfants vivent à l’étranger, en Côte d’Ivoire (leur nombre est estimé à 30 000), au Bénin (3 000 ) et au Ghana (7 000). Ceux qui sont partis pour travailler dans les zones urbaines se retrouvent principalement à Ouagadougou et Bobo Dioulasso. En 2001, plus de 60 000 enfants ruraux ont quitté leur foyer. Cette migration s’est fortement accrue ces cinq dernières années : les politiques d’ajustement structurel et la mondialisation ont rendu la vie dans les campagnes encore plus dure.

Afrik : Pourquoi les enfants partent-ils de chez eux ?

Ibrahim Sanogo : On ne peut pas écarter le facteur de la pauvreté même s’il n’est pas toujours aussi déterminant qu’on pourrait le penser : il faut un minimum de moyens pour faire partir les enfants, surtout à l’étranger. Il y a des habitudes culturelles : partir de son foyer est considéré par nombre de famille comme un facteur d’émancipation pour les garçons, censé leur forger un caractère, les faire devenir plus adultes.

Afrik : Il y a aussi un phénomène de mimétisme…

Ibrahim Sanogo : A l’adolescence, ils partent pour faire comme leurs copains. Ceux qui réussissent font envie et ceux qui échouent ne l’avouent pas et entretiennent le mythe du départ qui amène la réussite. Certains partent pour se faire de l’argent de poche. Plus de 25% des enfants immigrés sont partis pour étudier, les autres pour travailler. Quant aux filles, elles partent pour étudier, pour travailler afin de se payer une dot et pour se marier. L’âge moyen du départ est de 11,5 ans pour les garçons et 10,8 pour les filles.

Afrik : Et pour les plus petits ?

Ibrahim Sanogo : Les cas sont très différents mais les enfants quittent un foyer parcequ’ils ont perdu l’un de leurs parents. Les enfants dont la maman est morte par exemple, ne se sentent pas forcément à l’aise dans des familles polygames.

Afrik : Que font-ils, une fois partis de chez eux ?

Ibrahim Sanogo : On retrouve les garçons dans tous les secteurs d’activité des grandes villes ils sont apprentis, commerçants, mécaniciens. Ce sont malheureusement des candidats à la rue. Ils sont attirés par ses mirages comme les cinémas, les spectacles, les magasins. Dans les villes, il y a presque autant de filles que de garçons, mais elles se cantonnent aux travaux domestiques dans les familles de la classe moyenne. Ce sont les  » petites bonnes « . A l’étranger, les enfants travaillent dans les plantations de coton, café ou cacao où il est rare de trouver des filles.

Afrik : Est-ce-qu’ils reviennent chez eux ?

Ibrahim Sanogo : Certains, oui mais souvent pour venir recruter d’autres enfants. C’est ce qui se passe pour ceux qui sont attachés à une plantation étrangère. Et puis il y a ceux qui étaient juste partis pour s’acheter un vélo ou un radio-cassette et qui rentrent rapidement au bercail. Certains arrivent à trouver un emploi stable et restent sur place.

Afrik : Y-a-t-il une loi protégeant les enfants et réglementant leur travail au Burkina Faso ?

Ibrahim Sanogo : Ça commence à se mettre en place, grâce notamment au programme international pour l’abolition du travail des enfants mais c’est loin d’être complet. La loi burkinabè définit l’enfant comme une personne âgée de moins de 18 ans qui peut commencer un apprentissage à 14 ans et travailler à 19. On ne parle plus aujourd’hui de  » travail des enfants  » mais de  » pires formes de travail « . Il y a le travail quotidien des enfants comme aider son père aux champs, à rentrer le bétail, ou aider sa mère à la maison. C’est un travail socialisant ou éducatif qui ne porte pas atteinte aux enfants, à leur scolarisation et à leur intégrité physique. Les pires formes de travail sont celles qui nuisent à sa santé, l’empêchent d’aller à l’école et qui profitent pécuniairement à un intermédiaire.

Lire le rapport (en anglais uniquement).