Les émissions de CO2 en Europe au temps du COVID-19

La pandémie de coronavirus (ou COVID-19) et l’incertitude sur les marchés du pétrole brut continuent de peser sur le cycle économique de l’économie mondiale en général et de l’économie européenne en particulier. Le confinement, en tant qu’une mesure sanitaire mondiale contre la propagation du virus, est directement lié à la réduction drastique de la consommation d’énergie et qui est liée à la réduction de matière toxique telle que le CO2. 

En effet, en se référant au rapport d’Avril 2020 de l’Agence Internationale d’Energie 2020, traitant de ce sujet, les estimations traduisent une chute de 8%  des émissions mondiales de CO2 cette année. Une telle baisse serait la plus importante jamais enregistrée en termes de tonnes de CO2, soit six fois plus que l’impact de la crise financière de 2008. Ses projections pour l’ensemble de 2020 reposent sur une série d’hypothèses, notamment que les fermetures, les couvre-feux et les fermetures d’écoles et d’entreprises actuellement en place seront progressivement assouplis au cours des prochains mois. Alors que la pandémie se propage et que ses effets dévastateurs continuent de se manifester, l’agence indique que le chiffre de 8% est encore plus élevé que les estimations précédentes, y compris l’analyse menée par Carbon Brief : une réduction de 8% équivaut à peu près aux réductions d’émissions annuelles nécessaires pour limiter le réchauffement à moins de 1,5 ° C au-dessus des températures préindustrielles : les émissions mondiales devraient chuter d’environ 7,6% chaque année cette décennie près de 2 800 Mt de CO2 en 2020.

Empiriquement, nous avons mené une étude dans ce contexte pour souligner le rôle des émissions de CO2 pour la période allant de 22 Janvier au 30 Mars 2020. Les résultats montrent que la réponse des activités économiques mesurée par les émissions de CO2 à un choc sur les infections à COVID-19 est négative et se dégrade vers la 10ème  période. Ce constat pointe qu’à mesure que le nombre d’infections augmente, les décisions de nombreux pays de mettre en œuvre le blocage des mouvements et l’arrêt de la plupart des activités de production tendent à réduire les émissions de substances nocives dans l’atmosphère. Ce résultat est particulièrement conforme à des conclusions antérieures présentant la récession économique de 2008-2009 comme une des principales causes des réductions d’émissions au cours de la période 2008-2012. Dans un sens plus large, il s’agit d’accréditer également le consensus existant parmi les décideurs politiques en matière d’énergie concernant l’effet nocif du mix énergétique mondial actuel dans lequel la consommation d’énergie basée sur les combustibles fossiles due à l’augmentation des activités économiques contribue de manière significative aux émissions de CO2.

Dans ce contexte, peut-on considérer cette baisse exceptionnelle de CO2 comme « bonne nouvelle »? Peut-on permettre l’assouplissement des réglementations environnementales dans la zone Euro?

Pour répondre à ce questionnement, il est impérativement conseillé d’examiner de tout près les réglementations environnementales européennes en vigueur et déceler leurs impacts sur le climat.

Les réglementations environnementales de l’Union Européenne et l’accord du Paris 2015

Au cours de la décennie 2020-2030, l’Union Européenne a adopté une législation climatique afin de mettre en œuvre le programme des Nations Unies pour le développement durable à l’horizon 2030 en ouvrant la voie à la transformation de la production et de la consommation dans une économie à faible émission de carbone, résiliente au changement climatique. Il s’agit du premier accord universel  juridiquement contraignant en matière de lutte contre le changement climatique dans lequel l’Union Européenne a joué un rôle de premier plan. Il a été signé le 22 avril 2016 par 195 pays et ratifié par 183. Le parlement européen a revu le système d’échange de quotas d’émission et fixé l’objectif d’une  réduction annuelle d’une amplitude au-dessus des températures préindustrielles de deux degrés Celsius, qui peut communiquer l’urgence de réduire les émissions de dioxyde de carbone.

Toutefois et après la décision américaine de s’en retirer, l’Union Européenne doit ainsi assumer une part plus importante dans la définition d’objectifs en lien avec l’accord de Paris et l’action climatique. Plusieurs pays extracteurs de pétrole tels que Turquie, Libye, Iran,…n’ont pas toujours ratifié l’accord et le processus est donc peu avancé dans la lutte contre le réchauffement climatique malgré les efforts européens.

Avec l’arrivée de la crise des coronavirus, la zone Euro se trouve face à plusieurs menaces pour poursuivre ses efforts et respecter les engagements climatiques déjà pris. L’Union européenne a subi des pressions pour suspendre des initiatives climatiques cruciales, la Pologne appelant à la suspension d’un programme d’échange de droits d’émission de carbone et la République tchèque exhortant à l’abandon du projet de loi climatique de l’Union Européenne, tandis que les compagnies aériennes ont pressé les régulateurs de retarder les politiques de réduction des émissions.

L’Union Européenne : Quels défis à relever ?

L’Agence Internationale d’Energie affirme clairement que la baisse attendue des émissions due à une pandémie n’est «absolument rien à applaudir». L’importance est de donner la priorité à l’énergie propre dans les plans de relance économique afin d’éviter un rebond brutal des émissions. En s’alignant avec ce qui précède, le secrétaire général de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM), Petteri Taalas, déclare que cette baisse des émissions de six pour cent de dioxyde de carbone due à la pandémie, n’est qu’une bonne nouvelle de court terme. En d’autres termes, les niveaux de carbone atmosphérique devraient encore augmenter cette année, même si les réductions d’émissions de CO2 sont encore plus importantes. L’augmentation des concentrations de CO2 et le réchauffement climatique connexe ne se stabiliseront que lorsque les émissions annuelles atteindront zéro.

Les chiffres affichés au temps de la pandémie du COVID-19 sont très proches de ceux prévus par Eurostat pour 2020. Cependant, l’objectif extensible énoncé dans l’Accord de Paris nécessiterait des réductions similaires chaque année au cours de la présente décennie. La Commission européenne doit mettre en place des stratégies de long terme pour atteindre les objectifs climatiques de l’Union Européenne pour la période 2021-2030 et continuer à prendre au sérieux l’accord de Paris de 2015 sur le climat. La troisième entité émettrice de dioxyde de carbone après les Etats-Unis et le Chine, est invitée à pratiquer une politique environnementale plus rigide qu’auparavant étant donné que le texte de l’accord n’est pas suffisamment contraignant, prévenant par cette disposition une sortie unilatérale si nécessaire. Elle doit se montrer également exigeante aussi bien envers ses Etats membres qu’aux autres pays. Loin de l’Etat, les villes, les autorités locales, la société civile et le secteur privé sont invités, eux aussi, à accroître leurs efforts, à soutenir les actions visant à réduire les émissions et à renforcer la résilience et à réduire la vulnérabilité aux conséquences du changement atmosphérique.

La crise climatique reste toujours une réalité et nécessite de l’attention et des efforts constants au-delà de la guerre immédiate contre le COVID-19. Dès la reprise de l’activité économique, le rejet de gaz à effet de serre dans l’atmosphère sera, sans aucun doute, extrêmement amplifié.

Hela Mzoughi, University of Tunis Carthage & Carthage Business School, Tunisia

Hela Mzoughi est professeure à l’Université de Tunis Carthage et chercheur associé. Ses travaux portent sur les thématiques comme la finance quantitative, gestion de portefeuille et actuariat.

 

 

 

 

 

Khaled Guesmi, Center of Research for Energy and Climate Change (CRECC), Paris School of Business, France.

Khaled Guesmi Directeur du Centre de recherche de l’énergie et de changement climatique (CRECC) et Directeur du département de recherche, économie, énergie et politique à Paris School of Business. Il est également professeur affilié à l’École de gestion Telfer, Université du Canada. De plus, Khaled Guesmi est le co-fondateur de « l’International Symposium on Environment and Energy Finance Issues » à Paris. Ces recherches portent particulièrement sur l’économie de l’énergie et de l’environnement.