Les émeutes de Soweto ébranlent l’apartheid

Il y a 34 ans, des centaines de Sud-africains noirs manifestaient à Soweto contre l’enseignement en afrikaans, langue de la communauté blanche du pays. Le rassemblement a dégénéré : pour disperser la foule, la police a tiré à balles réelles et causé au moins 23 morts. Si l’apartheid n’est plus d’actualité, l’égalité entre Noirs et Blancs est encore un vœu pieux en Afrique du Sud.

Leur jeunesse ne les aura pas épargnés des balles de la police. Le 16 juin 1976, il y 34 ans jour pour jour, des centaines d’adolescents manifestaient à Soweto contre l’enseignement en afrikaans. Se rebeller contre cette nouvelle atteinte à leur liberté leur a valu la mort. Le ministre de l’Intérieur Jimmy Kruger avait été clair : la police devait « rétablir l’ordre à tout prix et user de tous les moyens à cet effet ».

Les manifestants avaient convenu d’éviter tout affrontement avec la police mais avec de telles consignes, celle-ci a ouvert le feu après avoir demandé sans succès à la foule de se disperser. Le bilan officiel est de 23 morts, dont Hector Pietersen, tué à 12 ans et devenu le symbole de la sanglante répression. La photographie où on le voit inanimé dans les bras de son frère a depuis fait le tour du monde.

Le soulèvement de Soweto a ouvert la voie à une révolte générale de tous les townships (ghettos habités par les Noirs) du pays pendant un an. Selon les autorités, le bilan de cette année de troubles est de 575 morts mais il y en a eu certainement beaucoup plus. Le gouvernement blanc a arrêté les chefs des partis noirs, mais n’a pas pu lutter contre la désapprobation internationale qui a poussé l’ONU à décréter en 1977 un embargo sur les ventes d’armes à destination de l’Afrique du Sud.


La longue route vers la fin de l’apartheid

Les émeutes de Soweto ont symbolisé la lassitude des populations noires auxquelles le gouvernement blanc ôtait petit à petit tous les droits élémentaires. La classification en groupes raciaux est officielle en Afrique du Sud depuis le Population registration Act (loi de classification de la population) de 1950. Cette loi imposait aux habitants la possession d’un livret d’identité faisant mention de leur race : blanche, noire, métisse ou indienne. Le Group Areas Act (loi sur les zones réservées) assignait pour sa part à chaque Sud-africain une zone d’habitat déterminée par sa couleur.

Tout a été progressivement régi par les lois de l’apartheid : l’enseignement, avec une école des Non-Blancs qui se devait de dispenser un enseignement très limité, le travail avec une impossibilité pour les non Blancs d’accéder aux postes à responsabilité, etc. Face à ces lois ségrégationnistes qui se multipliaient, l’ANC (African National Congress ou Congrès national africain), principal parti représentant les Noirs a répondu par des campagnes non violentes. Conscient de leur inefficacité, le jeune Nelson Mandela a créé la branche armée de l’ANC le 16 décembre 1961. Arrêté l’année suivante, il est resté 27 ans derrière les barreaux, avant d’être libéré en 1990 comme les autres prisonniers politiques. Le président Frederik de Klerk et lui-même se sont ensuite attachés à mener une politique de réconciliation entre Blancs et Noirs et d’égalité entre ceux-ci.

Une bonne partie du chemin est faite depuis l’élection en 1994 du premier président noir d’Afrique du Sud, Nelson Mandela. Mais dans un pays où un Noir sur quatre est au chômage et où les Noirs ont un revenu dix fois moindre que celui des Blancs, l’Afrique du Sud peine à panser ses plaies.