Les élections ont-elles encore leur place en Afrique ?

Par le passé, les élections étaient le seul et meilleur moyen par lequel on pouvait reconduire ou évincer un chef d’Etat, suivant une certaine périodicité fixée par la Constitution. Mais de nos jours, tout a complètement changé. C’est ainsi que de nombreux chefs d’Etats africains, comme s’ils s’étaient concertés, utilisent les méthodes telles que la modification de la Constitution, faisant sauter les verrous du nombre de mandat que leur autorise la Constitution pour se maintenir au pouvoir.

Par le canal d’interprétations subjectives des lois fondamentales, de coups bas de tous genres, et un transfert de pouvoir, tel un marché gré-à-gré, soit à un membre de sa famille, ou à un fervent militant de son parti politique, beaucoup de chefs d’Etat africains passent le pouvoir, à l’image d’un relais de 4 fois cent mètres, afin de préserver leur héritage et surtout de faire avancer leurs pions tel sur une table de jeu de dames, pour conserver leur ligne politique.

L’organisation d’élections en Afrique a tout son lot de désagréments : gaspillage d’énormes sommes d’argent au cours de la campagne électorale, pour ensuite se diriger vers des élections contestées : bourrage des urnes, falsification des procès-verbaux, corruption des électeurs le jour du vote. Ce qui conduit inéluctablement aux interminables conflits post-électoraux. S’en suivent des marches de protestation des verdicts des urnes, entraînant la coupure du réseau Internet pendant des mois pour réprimer les manifestations. Puis ce sont des arrestations arbitraires et si les malheureux candidats n’ont pas de chance, ils finissent en prison.

Sans détour, les analystes politiques attestent unanimement que ces dirigeants ont, pour la quais-totalité, amassé beaucoup de richesses au cours de leur magistrature. Certains d’entre eux sont même pointés du doigt pour des exactions commis  durant leur mandat. Et par crainte de poursuites après leur départ, ces dirigeants mettent toutes les batteries en marche, afin de se maintenir au pouvoir contre vents et marrées, parfois au péril de leur vie.

Pourtant, le constat est fait : généralement, les personnes qui aspirent à accéder au pouvoir en Afrique sont sociables et aimables. Elles gagnent la confiance de leur entourage ; que ce soit en tant que citoyen généreux, dirigeant d’un club de tennis local, d’une entreprise lucrative, organisateur des manifestations sportives pendant les grandes vacances. Mais lorsque ces personnes accèdent au pouvoir, elles ont tendance à complètement changer d’attitude. Confirmant l’adage qui dit que le pouvoir rend fou.

Sauf que ce désordre, pour ne pas dire ce désastre, tend à s’ancrer dans nos mœurs. Ce scénario, évité de justesse au Mali où le peuple, aidé de l’armée, a repris le pouvoir, se dessine en Guinée et en Côte d’Ivoire voisines, où les chefs d’Etat ont décidé de briguer un troisième mandat, en violation des accords de confiance vis-à-vis de leurs peuples respectifs.

D’où l’urgence pour les gouvernants actuels, de trouver les voies et moyens afin de consolider la démocratie, en Afrique en particulier, et dans le monde en général.