« Les derniers travaux d’Aboudia », exposition à la Galerie Cécile Fakhoury d’Abidjan

La galerie Cécile Fakhoury est heureuse de présenter la sixième exposition personnelle d’Aboudia, parallèlement à
l’exposition Frédéric Bruly-Bouabré + Aboudia « Aujourd’hui, je travaille avec mon petit-fils Aboudia »

Cette exposition propose un échantillon significatif des oeuvres réalisées par le jeune peintre ivoirien entre 2011 et
2012. Elle se compose d’une dizaine de tableaux dépeignant l’urbanité tapageuse et pleine de joie de vivre de la ville
d’Abidjan, ainsi que du corpus « les joyeuses familles » : 54 petits dessins au format « carte postale », variation
personnelle de l’artiste autour du thème et du format chers à son illustre aîné Frédéric Bruly-Bouabré : l’unité familiale.

Le mouvement. C’est sans doute ce qui caractérise le mieux Aboudia et son oeuvre. Si les toiles de cet enfant prodige
peuvent s’immobiliser le temps d’une exposition, leur auteur, lui, semble incapable de tenir en place. Enfant des rues
d’Abidjan qu’il a longtemps côtoyées et de toutes celles qu’il arpente pour nourrir son regard, de New York à Londres
en passant par Johannesburg, Aboudia, qui s’est fait connaître du public international pour son poignant témoignage
pictural de la bataille d’Abidjan, aime à se définir comme un artiste « cosmopolite » se déplaçant sans cesse entre les
mondes et les cultures. Artiste que l’on ne saurait ranger dans un tiroir ou étiqueter pour mieux le catégoriser.

De ce mouvement, animé par une inextinguible soif d’être au monde, son oeuvre se ressent : qu’elles fassent
la part belle aux collages polyglottes en forme d’écriture automatique, comme ces murs portant encore
trace des anciennes affiches sous les déchirures des plus récentes, ou qu’elles laissent s’exprimer davantage
pastels et acrylique, les toiles d’Aboudia, entre candeur et violence, s’apparentent à des champs de bataille
où les couleurs primaires s’affrontent en tons chauds et froids, symphonies d’alternances entre courbes
hypnotiques tournoyant sur elles-mêmes, comme pour mieux souligner l’importance du mouvement et du
message qu’il porte, et lignes épurées tour à tour harmonieuses et cassantes autour des sujets représentés.

Du street art au sens propre comme figuré, enraciné dans le concret et renforcé par la formation en art
mural qu’a reçue le jeune homme au Centre technique des arts appliqués de Bingerville : Aboudia peint la
rue comme on peint dans la rue, revendiquant s’il le faut, l’inspiration des styles plutôt que celle
d’individualités particulières. Son environnement direct avec ses hauts, ses bas, ses petits riens et ses grands
touts, reste son principal moteur, nourri des réminiscences des dessins au charbon sur le mur d’une maison
de son village qui l’ont tant marqué, enfant ; du souvenir des bonshommes-allumette et des enseignes des
coiffeurs ; des graffitis, des tags, et bien sûr des mots chantants et imagés du nouchi, langue souterraine des
jeunes de la rue.

Démystification du trait et de la ligne « claire », couleurs vibrantes, grands aplats fébriles, éclats, traînées,
harmonie contestée, champ de lecture renversé ou malmené. Pour Aboudia, « tout se passe dans l’oeil de
celui qui regarde ». Lui le peintre pressé et avide de tout, s’engloutissant dans une praxis à l’énergie et à la
rage de vivre communicatives, se veut avant tout ambassadeur de l’enfance livrée à elle-même, sur cette
terre en forme de terrain de jeu abîmé que les adultes transmettent à leurs rejetons au fil des générations,
sans s’assurer d’y avoir préalablement laissé en héritage suffisamment d’espace pour faire grandir les rêves.
Un message à la portée universelle, qui n’a de frontières que celles du ressenti personnel, tant est viscérale
cette peinture qui nous saute littéralement aux yeux.

Aboudia est né en 1983 en Côte d’Ivoire. Sorti diplômé du Centre d’arts appliqués de Bingerville en 2005, il
a effectué une formation comme peintre spécialisé dans l’art mural et les décors. On lui doit entre autres la
grande fresque ornant le mur d’enceinte du Palais de la culture. En 2009, il tient sa première exposition
personnelle au Centre culturel franco-guinéen de Conakry. Cette même année, ses toiles figurent dans les
expositions collectives « Arkadi », organisées par le Centre culturel français d’Abidjan. En 2011, Aboudia est
repéré pour ses toiles documentant la bataille d’Abidjan. En juin, il expose à la galerie Jack Bell à Londres.
Quatre de ses toiles figurent dans la collection permanente de la galerie Saatchi. Depuis l’été 2011, Aboudia
a pris part à de nombreuses expositions personnelles et collectives, et été invité à participer à une
conférence organisée par l’Institut Goethe en Afrique du Sud, sur le rôle de l’art en temps de guerre.
Récemment, il a participé, avec d’autres artistes ivoiriens, à une exposition sur Abidjan en marge de la
Biennale « Dakart » au Sénégal.

La galerie est située Boulevard Latrille, entre le carrefour de la RTI et le carrefour de la Vie, côté Sodémi.
Elle est ouverte du lundi au samedi de 10h à 19h.